GUINEE BISSAU - ELECTION PRESIDENTIELLE : UMARO CISSOKHO EMBALO SE PRESENTERA PAS A LA PROCHAINE ELECTION PRESIDENTIELLE DE 2025

Le Président de la République de Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embalo, a surpris l'opinion publique en annonçant qu'il ne se présenterait pas à l'élection présidentielle de 2025. Cette décision inattendue intervient alors que son mandat actuel court jusqu'à 2025 et que des mouvements s'étaient déjà formés pour promouvoir sa réélection. Lors d'une déclaration après le conseil des ministres, Umaro Cissokho Embalo a justifié sa décision en invoquant un conseil de son épouse : « Je ne serai pas candidat en 2025. Mon épouse m'a conseillé de ne pas me présenter. Je respecte donc ses conseils ».











Une annonce inattendue dans un contexte politique instable

Cette déclaration surprenante intervient dans un contexte politique marqué par une instabilité chronique en Guinée-Bissau. Depuis son indépendance en 1974, le pays a été le théâtre de nombreux coups d’État et tentatives de putschs. Embalo lui-même, élu en décembre 2019, a dû faire face à de vives contestations de la part de ses opposants, notamment de son principal adversaire, Domingos Simoes Pereira, qui n'a jamais reconnu la légitimité de son élection. Malgré ces turbulences, la communauté internationale a fini par valider la présidence d'Embalo, lui permettant de gouverner jusqu'à aujourd'hui. Cependant, la question de la date exacte de la prochaine élection présidentielle reste controversée. Après son investiture en février 2020, Umaro Sissoco Embalo a pris les rênes d'un pays en proie à de graves difficultés politiques et économiques, et son mandat de cinq ans devrait théoriquement s’achever en 2025. Les incertitudes quant au respect de ce calendrier électoral illustrent les défis structurels qui continuent de peser sur la gouvernance du pays. La Guinée-Bissau, depuis son indépendance en 1974, a constamment lutté pour trouver une stabilité politique durable. Le nombre impressionnant de coups d’État, tentatives de renversement et de crises institutionnelles reflète un système politique profondément fragilisé, où les institutions étatiques n’ont pas encore acquis la solidité nécessaire pour résister aux tensions internes. Dans ce contexte, l’annonce d’Umar Sissokho Embalo, élu en 2019, s’inscrit dans un cadre historique de contestations et de défis complexes, avec des implications politiques, sociales et économiques à long terme.

D'un point de vue scientifique et politique, l’instabilité chronique d’un État comme la Guinée-Bissau est souvent attribuée à plusieurs facteurs interdépendants. Premièrement, les problèmes de gouvernance sont intrinsèquement liés à la faiblesse des institutions. L’État de droit n’est pas suffisamment ancré, ce qui permet à des acteurs politiques, souvent influencés par des intérêts personnels ou ethniques, de remettre en cause les processus démocratiques. En Guinée-Bissau, cette situation est exacerbée par l’absence de mécanismes robustes de résolution des conflits, une corruption endémique et une forte dépendance à l’égard des élites militaires qui ont, à maintes reprises, joué un rôle central dans les changements de régime.


Deuxièmement, la dimension économique joue un rôle non négligeable. La Guinée-Bissau est l'un des pays les plus pauvres du monde, et cette pauvreté crée un terreau fertile pour les crises politiques. Les taux élevés de chômage, le manque d’accès aux services de base et une économie essentiellement basée sur la monoculture (en particulier la noix de cajou) rendent le pays vulnérable aux chocs économiques externes. Ces problèmes économiques alimentent la frustration populaire et affaiblissent davantage la légitimité des gouvernants.


Dans ce contexte, l'élection de Sissokho Embalo en 2019 a elle-même été marquée par des tensions. Les contestations de son adversaire principal, Domingos Simoes Pereira, qui n'a jamais reconnu les résultats de l'élection, illustrent la polarisation extrême de la scène politique. De plus, bien que la communauté internationale ait reconnu Embalo comme président légitime, cette légitimité reste fragile tant qu’il n’y aura pas de réformes structurelles profondes. Le respect du calendrier électoral, théoriquement prévu pour 2025, est ainsi un test crucial pour la démocratie en Guinée-Bissau. Le non-respect de cette échéance pourrait intensifier les divisions politiques, affaiblir encore plus la confiance dans le processus démocratique et entraîner une recrudescence de la violence. Le défi principal auquel la Guinée-Bissau est confrontée réside dans sa capacité à instaurer une stabilité institutionnelle et économique. Sans une réforme en profondeur des institutions démocratiques et une diversification de l’économie, le pays restera pris dans un cycle de crises politiques récurrentes. L'annonce d'Embalo doit être considérée dans ce contexte plus large : un fragile équilibre entre le maintien du pouvoir et la nécessité de préparer une transition démocratique en douceur.





Les racines de l’instabilité politique croissante

La Guinée-Bissau est l’un des pays les plus pauvres du monde, avec une économie fragile principalement basée sur l’agriculture, en particulier la production de noix de cajou. Cependant, l'instabilité politique qui secoue le pays depuis des décennies, associée à la corruption endémique, a largement paralysé ses capacités de développement. Des études, comme celles de la Banque mondiale, ont montré que l'incapacité à mettre en place un cadre institutionnel stable freine la croissance économique et limite les opportunités pour la population.

De plus, la situation géographique de la Guinée-Bissau sur la côte atlantique en fait une plaque tournante idéale pour le transit de la drogue en provenance d’Amérique latine vers l’Europe. Ce narco-trafic, qui a prospéré dans un contexte de faiblesse institutionnelle, compromet encore davantage la stabilité et la souveraineté de l'État. Des cadres militaires et des officiels sont régulièrement suspectés de complicité avec les cartels de drogue, alimentant ainsi la méfiance à l’égard des dirigeants du pays et limitant la crédibilité de tout processus de réforme politique. La Guinée-Bissau illustre tragiquement l’interconnexion entre l’instabilité politique, la fragilité institutionnelle et le développement économique étouffé, un phénomène qui n’est pas isolé en Afrique mais qui atteint ici une acuité particulière. Avec une économie dépendante à 85% de la production de noix de cajou, la faiblesse structurelle du pays reflète son incapacité à diversifier ses sources de revenus, ce qui l’expose aux fluctuations du marché global. Cette dépendance agricole, couplée à une gouvernance inefficace, enferme la Guinée-Bissau dans un cercle vicieux de pauvreté et de sous-développement.


D'après les analyses de la Banque mondiale, l'absence de cadre institutionnel stable constitue un frein majeur à l’essor du pays. Dans ce contexte, les réformes économiques, qui pourraient potentiellement améliorer les conditions de vie de la population, sont systématiquement compromises par la corruption et l'ingérence militaire dans les affaires civiles. Le manque de continuité politique, marqué par une vingtaine de coups d’État ou tentatives de coup d’État depuis l’indépendance en 1974, a désenchanté la population vis-à-vis de ses dirigeants et a étouffé les initiatives de développement. Ce climat de fragilité institutionnelle a ouvert la voie au narco-trafic, transformant la Guinée-Bissau en une plaque tournante stratégique pour les cartels de drogue sud-américains. Le trafic de stupéfiants, qui s’intensifie dans un contexte de gouvernance défaillante, est symptomatique d'une "criminalisation de l’État". Les profits massifs engendrés par ce commerce illégal, infiltrant les plus hautes sphères du pouvoir civil et militaire, ont exacerbé les divisions internes et miné toute tentative de réforme durable. La communauté internationale, bien qu’alertée, peine à contenir cette dérive, en partie en raison des intérêts économiques des puissances mondiales dans la région et de la complexité des dynamiques internes.


Scientifiquement, les recherches en économie politique montrent que la relation entre l’instabilité politique et le sous-développement économique est circulaire et interliée : l'absence de réformes significatives conduit à un affaiblissement institutionnel, tandis que les institutions faibles ne peuvent pas gérer efficacement des secteurs stratégiques comme l'agriculture ou le commerce. Ce schéma est récurrent dans des pays en développement où la faible gouvernance favorise les flux illégaux et la corruption, renforçant ainsi la dépendance envers les ressources primaires, en l’occurrence la noix de cajou, et fragilisant davantage l’économie. En Afrique, la Guinée-Bissau n'est qu'un exemple parmi d’autres, mais son cas est emblématique des défis structurels que le continent doit surmonter. Pour que la Guinée-Bissau puisse espérer une sortie de cette spirale, il sera crucial d’établir une gouvernance inclusive et transparente, soutenue par des institutions solides, afin de restaurer la confiance des citoyens et de la communauté internationale. Faute de quoi, le pays continuera de subir les affres de l’instabilité, tant sur le plan économique que politique.





La crise de leadership et la transition démocratique

L’annonce d’Embalo de ne pas briguer un second mandat soulève également des questions sur sa succession. En effet, bien qu’il ait affirmé qu’il ne se représenterait pas, il s’est montré très critique à l'égard de certains de ses rivaux politiques potentiels, notamment Domingos Simoes Pereira, Nuno Gomes Nabiam et Braima Camara. "Ce ne sera ni Domingos Simoes Pereira, ni Nuno Gomes Nabiam, ni Braima Camara qui me remplaceront", a-t-il déclaré, sans donner plus de détails sur les raisons de cette exclusion. Ce refus d’envisager certains noms à sa succession illustre les tensions qui continuent de marquer le paysage politique bissau-guinéen.


Historiquement, les transitions de pouvoir en Guinée-Bissau ont souvent été sources de conflits, avec des luttes intestines entre les élites politiques et militaires. L’actuel président, général de réserve de l’armée, fait partie de cette génération de dirigeants qui ont souvent navigué entre les sphères civiles et militaires, entretenant des réseaux d’influence complexes. L'avenir politique du pays après 2025 reste donc incertain, d’autant plus que les processus démocratiques ont été régulièrement interrompus ou contestés. Depuis son indépendance en 1974, la Guinée-Bissau a connu une instabilité politique chronique, avec de fréquentes interventions militaires dans la sphère politique. Cette dynamique de militarisation du pouvoir a fragilisé les institutions civiles et entravé les processus démocratiques. Les transitions de pouvoir, particulièrement depuis les années 1990, ont souvent été caractérisées par des coups d'État et des contestations électorales, ce qui a miné la crédibilité de l'État et la confiance des citoyens envers leurs dirigeants. La décision d’Embalo de ne pas se représenter pourrait donc être perçue comme un geste pour éviter une nouvelle crise de leadership. Cependant, la nature de sa déclaration, assortie de critiques virulentes envers ses potentiels successeurs, risque de raviver les luttes intestines au sein de l’élite politique et militaire. En excluant ouvertement des figures majeures de l’opposition comme Domingos Simoes Pereira et Nuno Gomes Nabiam, Embalo fait plus que simplement annoncer son retrait : il accentue les divisions dans le paysage politique bissau-guinéen. Cette approche pourrait fragiliser le processus de transition, car elle laisse planer un doute sur la légitimité et la transparence de la succession. Le rejet par Embalo des principales figures de l’opposition souligne un manque de consensus politique, un élément fondamental dans une démocratie saine. Les transitions démocratiques réussies reposent souvent sur la capacité des élites politiques à parvenir à des compromis et à respecter les processus électoraux, quel que soit le résultat. Or, en Guinée-Bissau, les élections ont historiquement été sources de divisions et de conflits. L’élection de 2019, qui a porté Embalo au pouvoir, a été l'une des plus contestées, avec des mois de désaccords prolongés entre les camps politiques.


La perspective d’une transition sans la participation de certains acteurs politiques clés, tels que Pereira ou Nabiam, pourrait exacerber ces tensions. Des études sur les transitions démocratiques en Afrique, comme celles menées par des experts de l’Université de Stanford et la Banque mondiale, montrent que les démocraties fragiles sont particulièrement vulnérables lorsque les élites politiques ne parviennent pas à coopérer. En l’absence d’institutions solides et d’un climat politique inclusif, les processus électoraux risquent d’être détournés ou contestés, alimentant ainsi les crises. Un autre facteur crucial est le rôle de l’armée dans cette transition à venir. L’histoire de la Guinée-Bissau est marquée par des interventions militaires répétées dans la politique nationale, souvent à des moments de transition de pouvoir. L’armée, historiquement complice de certains groupes d’intérêt, pourrait jouer un rôle déterminant dans le choix du prochain dirigeant, surtout si les tensions entre les factions civiles s'intensifient. Embalo, en tant que général de réserve, a navigué dans cette sphère politico-militaire, ce qui lui a conféré un certain soutien de la part de l'armée lors de son mandat. Toutefois, sa décision de ne pas se représenter pourrait entraîner des réajustements au sein des forces armées, qui pourraient être tentées de prendre position en faveur d’un autre candidat. Selon des chercheurs de l'Institut international pour la démocratie et l'assistance électorale (IDEA), la militarisation de la politique dans des pays à faible stabilité institutionnelle tend à perpétuer des cycles de gouvernements faibles et autoritaires, empêchant ainsi un véritable enracinement démocratique.




Un besoin urgent de réformes institutionnelles

La décision d’Umaro Sissoco Embalo de ne pas se représenter peut être perçue comme une opportunité pour la Guinée-Bissau de réexaminer son système politique et d'entamer une nouvelle phase de réforme démocratique. L’insécurité politique et économique qui continue de peser sur le pays ne pourra être résolue sans un effort concerté pour renforcer les institutions de l’État, réduire la corruption et lutter contre le trafic de drogue. Des organisations internationales telles que les Nations Unies et l'Union africaine ont plusieurs fois proposé leur aide pour soutenir la Guinée-Bissau dans sa transition démocratique, mais ces efforts doivent s'accompagner d'une volonté interne de réformer en profondeur. Des mesures concrètes, telles que l'amélioration de l’état de droit, l’assainissement du secteur public et la promotion d'une croissance inclusive, sont des préalables indispensables pour briser le cycle de l’instabilité. La décision d’Umaro Sissoco Embalo de se retirer de la course présidentielle offre effectivement une opportunité rare pour la Guinée-Bissau. Ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, souvent en proie à des crises politiques récurrentes, se trouve à un tournant crucial. Les problèmes de corruption, de faiblesse institutionnelle et de trafic de drogue évoqués dans le texte soulignent l’urgence d’une réforme en profondeur. Cependant, comme le souligne l’analyse, ces réformes ne peuvent pas être simplement imposées de l’extérieur. L'appui des organisations internationales, bien qu’essentiel, n’aura de poids que si une véritable volonté politique émerge de l'intérieur. L’enjeu est donc d’assurer une transition qui ne se contente pas de changer les visages au sommet, mais qui s’attaque aux racines de l’instabilité. Renforcer l’état de droit et mettre en place des mesures pour une gouvernance transparente est non seulement nécessaire, mais vital pour que la Guinée-Bissau rompe avec ce cycle de crises. La prochaine étape dépendra largement de la capacité des élites politiques à faire preuve de responsabilité. Si la classe dirigeante échoue à saisir cette opportunité, le risque est grand que le pays retombe dans l’instabilité. Quant aux citoyens, ils restent les premiers acteurs du changement, et leurs aspirations à un avenir meilleur devront être au cœur de cette transition.




La Guinée-Bissau se trouve à un moment charnière de son histoire politique et sociale. L'annonce d'Embalo de ne pas briguer un second mandat est certes une surprise, mais elle pourrait ouvrir la voie à un débat national sur l'avenir du pays. La question de la succession reste cependant une source d'incertitude, d'autant que le président a déjà exclu certains de ses rivaux potentiels. À l'horizon de 2025, le véritable enjeu pour la Guinée-Bissau sera de réussir à organiser une transition démocratique pacifique, en mettant fin à des décennies de conflits internes et en s’attaquant enfin aux causes profondes de son instabilité.






Mamadou Elhadji LY / CESTI

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