La question de la potentielle candidature du général Mamadi Doumbouya à la présidence de la République de Guinée divise profondément la classe politique et l'opinion publique guinéenne. Depuis qu'il a pris le pouvoir en 2021 à la suite d’un coup d'État contre Alpha Condé, Doumbouya, ancien commandant des forces spéciales, s’est engagé dans une transition visant à redonner le pouvoir aux civils à travers des élections démocratiques. Cependant, alors que l’échéance présidentielle de 2025 approche, un débat se fait jour autour de la possibilité pour le chef de la junte de se présenter, une option qui, bien que contraire à la charte de la transition, semble être de plus en plus évoquée par des membres influents du gouvernement et des proches du général.

La perspective d'une candidature de Mamadi Doumbouya à l'élection présidentielle de 2025 en Guinée suscite d'intenses débats politiques, aussi bien au sein du gouvernement que parmi les acteurs de l'opposition. En effet, cette question divise profondément la scène politique guinéenne, alors que la charte de la transition, signée en 2021 par Doumbouya lui-même, interdit formellement au président de la transition de se porter candidat à des élections nationales ou locales. Cet article 46 est non seulement explicite, mais il se veut irrévocable, interdisant toute révision de cette disposition. Cependant, plusieurs voix au sein de la junte au pouvoir et du gouvernement semblent de plus en plus ouvertes à cette éventualité, évoquant notamment le droit du général Doumbouya, en tant que citoyen guinéen, à se présenter à une élection démocratique. Cette question, qui enflamme les débats, est cruciale non seulement pour l'avenir politique du pays, mais aussi pour la crédibilité de la transition engagée après le coup d'État de 2021.
Les arguments en faveur de la candidature de Mamadi Doumbouya s'appuient principalement sur le principe du droit fondamental de tout citoyen à concourir librement à une élection. En ce sens, des membres influents du gouvernement, à l'instar du ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, ou encore du ministre porte-parole, Ousmane Gaoual Diallo, ont publiquement évoqué l'idée que la nouvelle Constitution ne devrait pas « exclure » le chef de la transition. Ce point de vue trouve un écho chez ceux qui estiment que Doumbouya, de par son rôle dans la stabilisation du pays après la chute de l’ancien régime d’Alpha Condé, mérite une légitimité populaire, acquise par les urnes. L’idée qu’un passage devant le suffrage universel, loin d’être une usurpation, serait au contraire une manière de donner la parole au peuple, se répand dans certains cercles du pouvoir. Ainsi, plusieurs cadres soutiennent que la transition ne doit pas nécessairement être synonyme de retrait politique pour Doumbouya, mais plutôt d’une phase vers une nouvelle ère de gouvernance démocratique, où chaque acteur, y compris le président actuel, pourrait jouer un rôle.
Cependant, ces déclarations font face à une opposition farouche. Pour les principaux partis d'opposition, et notamment pour l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), la candidature éventuelle de Doumbouya serait une trahison des principes de la transition. Kalémodou Yansané, vice-président de l'UFDG, a exprimé sans détour son point de vue, affirmant que si Doumbouya se présente, les élections perdraient tout leur sens. Selon lui, une telle démarche risquerait de compromettre gravement la légitimité du processus démocratique en cours. Il rappelle que la transition a été fondée sur l’idée d’une rupture avec les pratiques du passé, notamment les mandats prolongés et les coups d'État, et que cette rupture doit être honorée par une neutralité absolue de ceux qui dirigent la transition. La transparence, martèle Yansané, est essentielle pour la clarté et la crédibilité du processus électoral. Il exhorte donc Doumbouya à prendre une décision ferme et à l'annoncer publiquement, afin d’éviter toute ambiguïté qui pourrait plonger le pays dans une nouvelle crise politique.
En somme, la question de la candidature de Mamadi Doumbouya est bien plus qu’un simple débat juridique ou technique sur la révision de la charte de la transition. Elle incarne un véritable dilemme sur la nature de la transition démocratique en Guinée et les aspirations du peuple guinéen à une gouvernance nouvelle, sans ingérence militaire dans la sphère politique. D’un côté, les partisans d’une participation de Doumbouya arguent que sa légitimité pourrait être validée par le peuple, tandis que ses opposants redoutent un retour aux vieux schémas de pouvoir monopolistique, camouflés sous un vernis démocratique. L’enjeu est donc immense : il s’agit non seulement de déterminer si Doumbouya pourra ou non briguer la présidence, mais aussi de savoir quel message cela enverrait à la Guinée et au reste du monde quant à l’évolution de la démocratie dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.
Mamadou Elhadji LY / CESTI
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