NÉCROLOGIE - FOOTBALL : LE MONDE DU JOURNALISME EN DEUIL, DIDIER ROUSTAN EST MORT
C’est avec une grande tristesse que le monde du football a appris la disparition du journaliste Didier Roustan dans la nuit du mardi 10 au mercredi 11 septembre 2024. Âgé de 66 ans, Didier Roustan, véritable monument du journalisme sportif français, s’est éteint après plusieurs semaines de lutte contre la maladie. Sa passion pour le ballon rond, son amour du beau jeu et sa vision humaniste du sport ont marqué des générations de téléspectateurs et de fans.
Une figure légende du paysage audiovisuel français
Didier Roustan n’était pas qu’un simple journaliste. Il incarnait une vision du football romantique et poétique, attachée à l’essence du jeu et à ses valeurs. Depuis ses débuts en 1999 sur la chaîne L'Équipe, Roustan s’est imposé comme une figure centrale du journalisme sportif français. Il est surtout connu pour son rôle de « président à vie » de l’émission phare L’Équipe du Soir, où ses analyses tranchantes et ses souvenirs inépuisables du monde du football faisaient de lui un pilier de l’émission.
Il avait commenté son dernier match le 21 juin 2024, lors de la rencontre Argentine-Canada en ouverture de la Copa America, et avait fait sa dernière apparition à l’antenne le lendemain, lors de l’émission L’Équipe du Soir. Son absence depuis la fin du mois de juin avait été remarquée, mais c’est dans la discrétion que Roustan menait sa bataille contre la maladie, une lutte qui a pris fin brutalement.
Une vie et carrière vouées au football
Né à Brazzaville, au Congo, en 1958, Didier Roustan a grandi à Cannes, où il s’est passionné pour le football dès son plus jeune âge. Après des études et une carrière de footballeur amateur dans les années 1970, Roustan se tourne vers le journalisme à seulement 19 ans, à la suite d’un stage à TF1 où il est rapidement repéré par Georges de Caunes. Très tôt, il se distingue par sa manière singulière de parler du football, plus proche d’une vision philosophique que d’une simple analyse sportive. Il devient le visage de *Téléfoot*, émission phare de TF1, qu’il présentera de 1986 à 1989.
Mais son passage à TF1 ne marquera qu’une étape dans une carrière riche et éclectique. Homme de convictions, il quitte TF1 lorsque la chaîne se privatise, désapprouvant les changements de mentalité. Il rejoint alors dans la foulée Canal+, où il crée le magazine « Mag Max » et réalise des reportages devenus cultes, témoignage de sa liberté créative et de son regard unique sur le sport.
Un défenseur des joueurs et un amoureux du beau jeu
Didier Roustan n’était pas qu’un commentateur. Il s’est battu pour la défense des droits des joueurs, notamment en cofondant en 1995 avec Diego Maradona et Éric Cantona l’Association internationale des joueurs professionnels. Cet engagement illustre son amour sincère pour le football et les footballeurs, qu’il a toujours défendu face aux dérives d’un sport de plus en plus mercantile.
Roustan était un puriste. Pour lui, le football était avant tout un art, un espace d’expression où la créativité et la technique devaient primer sur les intérêts financiers. Il vouait une admiration sans faille à Diego Maradona, idole incontestée de son panthéon footballistique, et chérissait les joueurs tels que Johan Cruyff, Pelé ou Lionel Messi. Il aimait les terrains mythiques comme la Bombonera, mais aussi les matchs improvisés sur des terrains vagues, où l’amour du jeu se vivait sans artifice.
Un sage critique du football moderne
Sur les plateaux de télévision, Didier Roustan apparaissait comme un sage un peu décalé, toujours prompt à revenir sur les souvenirs de ses décennies passées à couvrir le football mondial. S’il pouvait sembler nostalgique, il n’en était pas moins très critique des évolutions récentes du sport, notamment des relations entre les joueurs et les médias, ainsi que de l’influence croissante du business sur le jeu.
En parallèle de son activité à l’antenne, il avait développé un blog vidéo très suivi, dans lequel il abordait des sujets de fond, toujours en lien avec sa passion pour le football. Il y dialoguait longuement avec ses fidèles abonnés, qu’il surnommait affectueusement « les braves », créant ainsi une véritable communauté de fans.
Un engagement citoyen et humaniste
En 2003, Didier Roustan fonde avec l’actuel directeur de football de la FIFA, Arsène Wenger l’association Foot Citoyen, dans le but de lutter contre les discriminations et le racisme dans le football, que ce soit chez les amateurs ou les professionnels. Cet engagement social et humain reflète l’homme qu’il était : un journaliste passionné mais avant tout un humaniste, profondément attaché aux valeurs d’équité et de justice.
En 2023, il avait publié Puzzler, un ouvrage autobiographique dans lequel il revenait sur sa carrière, ses rencontres et sa vision du football. Toujours animé par une flamme inextinguible, il avait continué à partager sa passion avec les téléspectateurs et les internautes jusqu’à la fin de sa vie, notamment en animant un quiz sur le site de L’Équipe, plongeant ses participants dans les plus belles histoires du football.
Un vide immense dans le monde du football
La disparition de Didier Roustan laisse un vide immense dans le monde du journalisme sportif. Véritable encyclopédie vivante du football, il avait su toucher des générations de fans par son approche singulière du sport. Toujours fidèle à ses convictions, il est resté, jusqu’à la fin, un défenseur du beau jeu et des valeurs qu’il portait. Ses analyses, son humour et son sens de la formule manqueront à tous ceux qui suivaient avec passion ses interventions.
L’ensemble du monde du football et du journalisme pleure aujourd’hui la perte d’un de ses plus éminents représentants. Le journal L’Équipe a adressé ses plus sincères condoléances à la famille et aux proches de Didier Roustan, saluant un homme qui aura marqué l’histoire du journalisme sportif par son talent, son humanité et sa passion.
Mamadou Elhadji LY / CESTI

Commentaires