NÉCROLOGIE : REBECCA CHEPTEGEI MORTE BRÛLÉE PAR SON EX - COMPAGNON

 La mort tragique de la marathonienne ougandaise Rebecca Cheptegei a non seulement bouleversé le monde de l'athlétisme, mais elle a également ravivé un débat crucial au Kenya et en Afrique de l'Est : celui des violences conjugales. Le meurtre de cette athlète, brûlée vive par son ex-compagnon, incarne à lui seul une réalité sombre et tragique qui affecte de nombreuses femmes dans cette région. Ce drame survient à peine un mois après que la Kényane de 33 ans Rebecca Cheptegei ait représenté son pays aux Jeux olympiques de Paris. Une compétition où elle avait courageusement terminé le marathon à la 44 place. Cet événement barbare et cynique souligne la complexité d'une société où les femmes, malgré leurs succès publics, sont encore victimes de violences intimes et structurelles à tout point de vue.













Une violence conjugale d’une brutalité inouïe



Le 1er septembre 2024, Rebecca Cheptegei se trouvait à l’église avec ses deux filles dans son village d’Endebess, situé près de la frontière ougandaise. À son retour, elle a été surprise par son ex-compagnon, Dickson Ndiema Marangach, qui, d’après les rapports de police, s’était introduit chez elle. Ce dernier l’a aspergée d’essence avant d’y mettre le feu, la laissant gravement brûlée, avec plus de 80 % de son corps endommagé. Cheptegei a succombé à ses blessures quatre jours plus tard à l’hôpital Moi Teaching and Referral Hospital à Eldoret. Marangach, quant à lui, est hospitalisé, brûlé à 30 %, et fait actuellement face à des accusations de tentative de meurtre.


Cet acte ignoble n’est malheureusement pas un cas isolé. Le Kenya, comme d’autres pays de la région, fait face à une augmentation inquiétante des violences conjugales et des féminicides. En 2023, 152 féminicides ont été recensés dans le pays, un chiffre alarmant qui, selon les organisations locales, est largement sous-estimé. De nombreuses agressions ne sont pas signalées, souvent en raison de la stigmatisation et du manque de protection pour les victimes.








Un milieu sportif frappé par les féminicides


Le meurtre de Rebecca Cheptegei vient rappeler la vulnérabilité des athlètes féminines dans un environnement où les violences domestiques ne font que croître. Cette réalité est d’autant plus frappante dans le milieu de l’athlétisme kenyan, où plusieurs athlètes de haut niveau ont été victimes de violences graves, souvent perpétrées par leurs partenaires. 


En 2021, la mort de la double médaillée mondiale Agnes Tirop avait déjà secoué le Kenya. Tirop, 25 ans, avait été poignardée à mort par son mari et entraîneur, Ibrahim Rotich, dans leur maison à Iten, une ville réputée pour ses centres d’entraînement d’athlètes. Le cas de Tirop avait non seulement révélé l’emprise financière et psychologique exercée par certains hommes sur leurs partenaires athlètes, mais il avait aussi permis de sensibiliser le pays aux risques de féminicides dans l’ouest du Kenya, une région pauvre où les mariages forcés et les litiges fonciers sont monnaie courante.


Le parallèle entre la mort de Cheptegei et celle de Tirop est troublant. Toutes deux étaient des femmes qui avaient réussi à sortir de la pauvreté grâce à leur carrière sportive. Cependant, leur succès financier a souvent attisé la convoitise et la violence de leurs conjoints, pour qui ces femmes représentaient non seulement un statut social, mais aussi une source de richesse. Comme le souligne Joan Chelimo, cofondatrice de l’organisation Tirop’s Angels, les hommes « profitent de ces championnes et de leurs revenus ». En effet, avant de devenir l’entraîneur et mari d’Agnes Tirop, Ibrahim Rotich était un simple chauffeur de taxi.








Les violences sexistes et les défis de l’émancipation


Les violences conjugales ne sont qu’une facette d’un problème plus vaste : celui de la lutte des femmes africaines pour l’émancipation, en particulier dans des milieux où les inégalités économiques et sociales sont prononcées. Pour les athlètes comme Rebecca Cheptegei, la course à pied représentait non seulement une carrière, mais aussi une échappatoire à la pauvreté et aux normes patriarcales qui persistent dans la région. Cependant, même dans le cadre de leurs succès sportifs, elles continuent de subir des pressions de la part de leurs partenaires ou de leur entourage masculin, cherchant à s’approprier leurs revenus ou à les contrôler.


La mort de Cheptegei et de nombreuses autres femmes victimes de féminicides montre que l’émancipation financière seule ne suffit pas à protéger les femmes de la violence. En effet, si certaines athlètes ont pu utiliser leur succès comme un levier pour se libérer des normes sexistes, beaucoup continuent de vivre sous la menace constante d’agressions domestiques. Comme l’indique Joan Chelimo, des efforts sont faits pour sensibiliser les athlètes féminines à l’importance de l’indépendance financière, mais le chemin vers une égalité réelle est encore long.







Une prise de conscience nécessaire


Il est urgent que la société kenyanne, et plus largement africaine, prenne des mesures plus concrètes pour lutter contre la violence sexiste. Si la loi condamne fermement ces actes, leur application reste souvent faible, et les victimes n’ont pas toujours accès aux ressources nécessaires pour s’échapper de situations violentes. Le cas de Rebecca Cheptegei, une femme forte et accomplie, montre que même les plus résilientes d'entre elles ne sont pas à l’abri de la violence masculine.


L’athlétisme kényan, tout comme d’autres secteurs, doit s’engager plus activement dans la prévention des violences conjugales. Cela passe par une meilleure protection des athlètes féminines, un renforcement des lois contre les agresseurs, et surtout, une sensibilisation à grande échelle pour changer les mentalités. Le combat contre les féminicides est un marathon à part entière, et chaque société doit y participer pour espérer mettre fin à cette épidémie silencieuse.




En conclusion, la mort de Rebecca Cheptegei n'est pas seulement une perte immense pour l'athlétisme ougandais et kenyan, mais elle symbolise aussi un cri d’alarme pour des millions de femmes qui vivent sous la menace constante de la violence. Le sport, souvent perçu comme un outil d’émancipation, doit également être un bastion de protection pour celles qui en sont les protagonistes. Il est impératif que des initiatives comme Tirop’s Angels se multiplient et que la société dans son ensemble prenne la mesure de ce fléau pour enfin offrir un refuge sûr à toutes les femmes.









Mamadou Elhadji LY / CESTI 

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