SÉNÉGAL - POLITIQUE : COALITION DES LIBÉRAUX PDS-APR : VERS UNE RECOMPOSITION DU LESPACE POLITIQUE SÉNÉGALAIS AVANT LES LÉGISLATIVES ANTICIPÉES DU 14 NOVEMBRE 2024
Le paysage politique sénégalais est en pleine ébullition à l'approche des élections législatives anticipées du 17 novembre 2024. Deux des plus grands partis du pays, le Parti Démocratique Sénégalais (PDS) et l'Alliance pour la République (APR), viennent d'annoncer la formation d'une coalition politique majeure, redessinant ainsi les contours de la scène politique nationale. Cette alliance, officialisée à l’issue d’une rencontre tenue le 22 septembre 2024 à la Permanence nationale Oumar Lamine Badji, marque une nouvelle étape dans la dynamique électorale du pays. Si cette annonce a déjà suscité des réactions contrastées au sein de l’opinion publique et dans les cercles politiques, elle soulève également plusieurs questions sur la nature de cette coalition et ses implications pour l'avenir démocratique du Sénégal.
Une alliance inédite pour un contexte particulier
Le PDS, parti historique du Sénégal dirigé par l'ancien Président Abdoulaye Wade, et l'APR, le parti fondé par l'ex chef de l'État, Macky Sall, sont traditionnellement perçus comme des adversaires politiques. Toutefois, à la veille des élections législatives de 2024, les deux partis ont décidé de mettre de côté leurs divergences idéologiques pour former une « grande coalition politique », une décision qui surprend autant qu'elle interpelle.
L’un des éléments majeurs de cette coalition réside dans sa volonté de fédérer non seulement le PDS et l’APR, mais également les alliés respectifs de ces partis, ainsi que d’autres formations politiques intéressées par le projet. Le communiqué conjoint publié à l’issue de la réunion souligne la nécessité de rassembler les forces vives du pays pour garantir une victoire électorale significative lors des prochaines législatives. Cette coalition politique est perçue par les deux formations comme un rempart contre les incertitudes qui pèsent sur l’avenir économique et social du Sénégal.
L’union pour la transparence électorale
Un autre aspect clé de cet accord est l'adhésion du PDS à l’Alliance pour la Transparence Électorale (ATEL), un groupe de pression mis en place par l'APR et d'autres acteurs politiques pour garantir des élections libres et transparentes au Sénégal. Le communiqué précise que c'est sur proposition de la délégation de l'APR que le PDS a décidé de rejoindre cette alliance, soulignant ainsi une convergence de vues sur la question cruciale de la transparence électorale. La question de la transparence des élections au Sénégal a toujours été un sujet sensible. Les élections, qu'elles soient présidentielles, législatives ou locales, ont été émaillées de soupçons de fraude ou de manipulations à différents niveaux, alimentant des tensions sociales et politiques. Ainsi, le fait que le PDS, parti ayant gouverné le Sénégal pendant douze ans, accepte de s’engager dans une alliance pour la transparence électorale en collaboration avec l’APR, pourrait envoyer un signal fort à l'opinion publique. Il est important de noter que la mise en place d'une coalition électorale, couplée à un engagement en faveur de la transparence, pourrait contribuer à apaiser les tensions politiques pré-électorales. Cela permettrait également de renforcer la confiance des citoyens dans les institutions et les processus démocratiques du pays.
Une stratégie électorale pour répondre aux urgences sociales
Sur le plan politique, cette coalition se présente comme une réponse aux défis économiques et sociaux que traverse le Sénégal. La communication des deux délégations insiste sur la nécessité de redresser le pays, tout en prenant en charge les urgences sociales. Cette promesse fait écho aux nombreuses attentes des citoyens sénégalais, qui réclament des réformes dans plusieurs secteurs clés tels que l’éducation, la santé, l’emploi des jeunes et la sécurité sociale.
Depuis quelques années, le Sénégal fait face à des défis socio-économiques importants, exacerbés par la crise mondiale liée à la pandémie de COVID-19, la hausse des prix des matières premières, et l'instabilité géopolitique en Afrique de l’Ouest. Le taux de chômage, notamment chez les jeunes, est élevé, et les inégalités sociales persistent malgré les efforts de développement entrepris par l'État. Dans ce contexte, une coalition PDS-APR qui prétend s'attaquer aux problèmes structurels pourrait séduire une large partie de l'électorat, notamment dans les zones rurales et périurbaines.
Un tournant stratégique pour l'APR et le PDS
Pour l'APR, cette alliance avec le PDS pourrait aussi être perçue comme une tentative de se repositionner politiquement après plus d'une décennie au pouvoir. Sous la direction de Macky Sall, l'APR a consolidé sa position dominante sur la scène politique sénégalaise, mais elle doit désormais faire face à une opposition de plus en plus structurée. Les critiques concernant les libertés publiques, la gouvernance économique et la gestion des ressources naturelles se sont intensifiées au fil du temps. En s'associant au PDS, l'APR pourrait espérer regagner une partie de l'électorat qui lui a tourné le dos.
De son côté, le PDS a vu son influence diminuer depuis la fin du mandat d’Abdoulaye Wade en 2012, mais il reste une force politique importante au Sénégal. En rejoignant l'APR dans une coalition, le PDS cherche probablement à retrouver une place de premier plan dans la politique nationale, tout en consolidant son rôle de parti d’opposition historique. Cette alliance permettrait ainsi aux deux partis de se renforcer mutuellement, tout en élargissant leur base électorale.
Quelles conséquences pour les autres acteurs politiques ?
L'annonce de cette coalition PDS-APR bouleverse la donne pour les autres partis politiques sénégalais. Les formations de l'opposition, qui se préparaient déjà à affronter un APR affaibli par les critiques sur sa gestion du pays, doivent désormais composer avec cette nouvelle alliance. Certains partis pourraient choisir de se joindre à la coalition pour maximiser leurs chances de succès aux élections législatives, tandis que d'autres préféreront jouer la carte de l'indépendance pour se démarquer.
Il faudra également suivre de près la réaction des autres coalitions en cours de constitution. Des formations comme Yewwi Askan Wi, qui regroupe des figures de l’opposition comme Ousmane Sonko, pourraient voir dans cette nouvelle alliance une raison de renforcer leur propre unité, en présentant une alternative crédible face à la coalition PDS-APR.
Un comité technique paritaire pour affiner la stratégie
Afin de mettre en œuvre cette grande coalition et d’en définir les modalités pratiques, les deux délégations ont décidé de créer un comité technique paritaire. Ce comité aura pour mission de planifier les actions stratégiques à mener pour les prochaines élections et de travailler sur l’élargissement de l’alliance. Cet aspect technique est crucial pour garantir la réussite de l’initiative. En effet, l’expérience montre que les coalitions politiques peuvent échouer en raison de désaccords internes ou de manque de coordination. La mise en place d’un cadre structuré pour gérer la coalition pourrait prévenir ces écueils.
Enjeux et perspectives de cette coalition
La formation de cette coalition entre le PDS et l'APR marque un tournant important dans l’histoire politique récente du Sénégal. Elle pourrait, si elle est bien menée, changer radicalement le rapport de force à l'Assemblée nationale et ouvrir la voie à de nouvelles dynamiques politiques dans le pays. Cependant, cette alliance suscite également des interrogations sur sa capacité à répondre véritablement aux attentes des Sénégalais en matière de gouvernance, de transparence et de justice sociale. À quelques semaines des élections législatives anticipées, tous les yeux sont désormais tournés vers cette coalition et son potentiel à redéfinir le paysage politique du Sénégal. Le scrutin de novembre 2024 s’annonce comme un moment crucial pour l’avenir de la démocratie sénégalaise. Reste à savoir si cette coalition inédite saura relever les défis qui se dressent devant elle et s’imposer comme une force politique durable.
Mamadou Elhadji LY / CESTI

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