MOYEN-ORIENTA - LIBAN : NAÏM QASSEM SUCCÈDE À HASSAN NASRALLAH À LA TÊTE DU HEZBOLLAH
Un mois après la mort de Hassan Nasrallah, leader charismatique du Hezbollah, Naïm Qassem, secrétaire général adjoint depuis 1991, est nommé chef de l'organisation. Qassem, âgé de 71 ans, prend la tête du mouvement à un moment décisif, alors que le Liban est marqué par une guerre ouverte contre Israël, qui a éclaté le 23 septembre et a déjà fait plus de 2 600 morts et déplacé 1,4 million de personnes. Cet événement historique reconfigure non seulement la politique régionale, mais aussi la structure interne du Hezbollah, et Qassem devra surmonter les défis posés par la perte de son leader et d'autres figures clés.
Naïm Qassem, un héritage religieux et politique
Originaire de Kfarfila, dans le sud du Liban, Naïm Qassem est l’un des fondateurs du Hezbollah en 1982. Ancien professeur de chimie diplômé de l’Université libanaise, il combine une expertise religieuse et une expérience politique acquise auprès de Mohammad Hussein Fadlallah, une figure éminente et respectée du chiisme. Auteur de nombreux ouvrages, dont Hezbollah : la voie, l’expérience et l’avenir, Qassem s’est imposé comme le « théoricien » et « historien » du Hezbollah. Sa vision idéologique rigoureuse et son parcours dans l’ombre de Nasrallah lui confèrent un socle solide dans la sphère politique et religieuse, bien que certains de ses écrits aient suscité des controverses au Liban, notamment en raison de positions jugées radicales.
Cependant, en dépit de cette légitimité intellectuelle et religieuse, Qassem fait face à des handicaps dans sa nouvelle position. L’appareil militaire, que Nasrallah dirigeait personnellement, ne fait pas partie de son champ de compétences principales, un domaine crucial dans une période où la survie du Hezbollah dépend en grande partie de sa puissance de feu et de son organisation militaire. Il porte également la coiffe blanche, un signe distinctif des non-descendants du prophète, en contraste avec le turban noir de Nasrallah, réservé aux descendants du prophète Mohammad et symbole de respect dans la tradition chiite.
Un successeur à la figure charismatique
L’ascension de Qassem intervient dans une période critique où la puissance et la sécurité du Hezbollah sont testées par la guerre en cours. Les analyses montrent que cette guerre pourrait remodeler l’équilibre des forces non seulement au sein du Liban, mais aussi dans la région, où le Hezbollah reste un acteur clé dans la confrontation avec Israël et dans la résistance contre les intérêts occidentaux et alliés. La mort de Hassan Nasrallah a laissé un vide important, car il a transformé le Hezbollah d’un mouvement de résistance en une organisation politique et militaire influente dans la région, capable de s’imposer comme interlocuteur incontournable en Syrie, en Irak, au Yémen et ailleurs.
Naïm Qassem devra assumer cette héritage et le poids des responsabilités qui l'accompagnent, dans une organisation où la loyauté au leader repose souvent sur un charisme personnel difficile à égaler. Hassan Nasrallah, considéré par les membres du Hezbollah et de nombreux chiites comme une figure quasi-mystique, possédait une capacité unique à unir et galvaniser ses partisans. En revanche, Qassem a été perçu pendant des décennies comme l’adjoint silencieux, le théoricien en arrière-plan, et devra, pour s'imposer pleinement, réussir à établir une connexion similaire avec la base militante et les dirigeants régionaux.
Une guerre au cœur de son mandat
Alors que le Hezbollah est plongé dans une guerre avec Israël, Qassem est contraint de mener l’organisation sous le feu et les bombes, confronté aux défis posés par la reconstruction de la chaîne de commandement militaire, endommagée par la mort de plusieurs chefs militaires. Ses premiers discours, bien que marqués par la fatigue et l’usure, ont montré une approche complémentaire entre politique et stratégie militaire, témoignant de la coordination renforcée entre les décisions politiques et les opérations sur le terrain. Ce pragmatisme stratégique, qui semble avoir permis au Hezbollah de maintenir sa structure et sa réactivité, sera crucial pour l’organisation.
L’appareil militaire du Hezbollah, avec lequel Qassem n’a jamais été fortement associé, reste une composante essentielle pour la survie et la pérennité de l’organisation. La mort de Hachem Safieddine, ancien président du Conseil exécutif du Hezbollah et successeur pressenti de Nasrallah, a créé un vide stratégique qui pèse sur la réorganisation militaire du Hezbollah. En l'absence de figures militaires expérimentées, Qassem pourrait devoir revoir la structure de commandement et trouver un équilibre entre ses connaissances politiques et religieuses et les exigences de gestion militaire, sans compromettre la loyauté au sein de l'organisation.
Un leader en transition, obstacles et perspectives
Naïm Qassem hérite d'une situation complexe, où son expérience politique pourrait être un atout, mais où il devra s’adapter rapidement aux exigences d'un leadership plus exposé et stratégique. La guerre en cours a engendré des déplacements massifs de populations et des destructions considérables, plongeant le pays dans une crise humanitaire. Qassem devra également gérer l’implication du Hezbollah dans les institutions libanaises, notamment le Parlement et le gouvernement, une dimension politique qui revêt une importance accrue alors que les pressions internationales sur le Liban s’intensifient.
Le futur du Hezbollah, et par extension celui du Liban, repose en grande partie sur la capacité de Qassem à naviguer dans un paysage politique instable et dans une période où les tensions communautaires risquent de s’aggraver. En tant que représentant influent de la communauté chiite, il devra aussi maintenir un équilibre délicat entre les aspirations de cette communauté et les impératifs de la politique libanaise multiconfessionnelle, tout en résistant aux pressions extérieures. La position de Qassem pourrait ainsi jouer un rôle déterminant dans l’évolution du Hezbollah, de la communauté chiite et de l’avenir politique du Liban.
Une transition à haut risque
L’arrivée de Naïm Qassem à la tête du Hezbollah marque un tournant majeur, un passage de flambeau après la perte d’un dirigeant emblématique. Ses premiers pas seront déterminants pour asseoir son autorité et prouver que, malgré ses désavantages initiaux, il peut guider le Hezbollah dans une période de crise. Si Qassem parvient à concilier ses compétences politiques avec les besoins militaires de l’organisation, il pourrait réussir à assurer la continuité de l'héritage de Nasrallah. Toutefois, ce succès dépendra également de la capacité du Hezbollah à sortir indemne du conflit actuel, et de la manière dont Qassem s'adaptera aux attentes complexes de ses alliés et de sa base.
Mamadou Elhadji LY / CESTI

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