SÉNÉGAL - MAURITANIE - ÉCHANGES COMMERCIAUX : VERS DES ACCORDS ÉCONOMIQUES DURABLES ENTRE LES DEUX PAYS

Le Sénégal et la Mauritanie, deux nations voisines d’Afrique de l’Ouest, partagent depuis plusieurs années des relations économiques croissantes, mais qui restent largement en deçà de leur potentiel réel. À l’occasion du premier Forum économique tenu à Dakar les 30 septembre et 1er octobre 2023, les deux pays ont réaffirmé leur ambition commune de renforcer leurs liens commerciaux et d’investir dans divers secteurs stratégiques. Une telle initiative vise à promouvoir un avenir économique prospère, basé sur l’exploitation optimale des ressources naturelles et la transformation des matières premières.








Une dynamique commerciale en progression

Les échanges commerciaux entre le Sénégal et la Mauritanie ont connu une évolution positive entre 2019 et 2023. Les exportations sénégalaises vers la Mauritanie ont bondi de 39 milliards à 112 milliards de FCfa, soit une hausse de 184 %. Quant aux importations en provenance de la Mauritanie, elles ont également augmenté, passant de 3,3 milliards à 4,6 milliards de FCfa. Ces chiffres, bien qu’encourageants, ne reflètent pas pleinement l’immense potentiel de coopération entre ces deux pays voisins, selon les autorités sénégalaises.


Serigne Guèye Diop, ministre du Commerce et de l'Industrie, a salué cette progression tout en reconnaissant que ces échanges restent insuffisants par rapport aux capacités réelles des deux nations. En effet, les ressources naturelles et minières partagées par le Sénégal et la Mauritanie, notamment le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), pourraient, si elles sont bien exploitées, générer une plus grande valeur ajoutée et créer des emplois dans des secteurs clés tels que l’énergie, l’agriculture, l’industrie et la pêche.




Une collaboration renforcée dans le secteur de l’énergie

Le projet GTA est sans doute l'un des points centraux de la coopération entre le Sénégal et la Mauritanie. Ce projet gazier, lancé en 2019, représente un investissement de plusieurs milliards de FCfa et devrait produire environ 2,5 millions de tonnes de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) par an. Ce gaz sera destiné non seulement à la consommation locale, mais également à l’exportation, renforçant ainsi la place des deux pays sur la scène énergétique mondiale.

Le ministre mauritanien des Mines et de l’Industrie, Thiam Tidjani, a souligné l’importance de ce projet pour accélérer les échanges commerciaux entre les deux États. Il est d’avis que la construction d’un pont reliant directement le Sénégal et la Mauritanie faciliterait non seulement les échanges de biens, mais aussi la coopération en matière d’infrastructures énergétiques et minières. Cette ambition traduit une vision commune, exprimée par Birame Soulèye Diop, ministre du Pétrole, des Énergies et des Mines, qui estime que l'exploitation commune des ressources pétrolières et gazières incarne « une prospérité partagée plutôt qu’une rivalité ».




Une exploitation des ressources au service de l’emploi et de la richesse locale

Au-delà des échanges commerciaux traditionnels, le Sénégal et la Mauritanie se projettent vers l’avenir en envisageant une transformation locale des matières premières. La volonté des deux gouvernements est claire : il s'agit de ne plus exporter les ressources naturelles sous leur forme brute, mais de les transformer sur place pour maximiser la valeur ajoutée. Cela inclut notamment les ressources minières, gazières, pétrolières, mais aussi les ressources halieutiques, qui représentent un secteur vital pour les deux économies.

En adoptant cette stratégie de transformation locale, les deux pays espèrent générer davantage de richesses et surtout créer des emplois. Ce projet s’inscrit dans une démarche de développement durable, dans laquelle la valorisation des ressources naturelles s’accompagne d’une attention particulière aux impacts environnementaux et sociaux. La transformation sur place permet également de réduire la dépendance aux fluctuations des prix des matières premières sur les marchés internationaux, offrant ainsi une stabilité économique à long terme.



Un cadre juridique et institutionnel en pleine adaptation

Pour favoriser cette collaboration accrue, des ajustements juridiques et institutionnels sont nécessaires. Mohamed Ould Khaled, ministre mauritanien des Énergies et du Pétrole, a précisé que son gouvernement est en train de réviser son cadre législatif afin de s’adapter au contexte économique actuel. En particulier, une loi sur le contenu local a été récemment adoptée en Conseil des ministres et sera bientôt présentée au Parlement. Cette loi vise à promouvoir l’intégration des entreprises locales dans les grands projets d’exploitation des ressources naturelles, en garantissant que les populations locales bénéficient directement des retombées économiques.

Du côté sénégalais, Serigne Guèye Diop a mis en avant l’importance de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) pour renforcer les relations commerciales avec la Mauritanie. Cependant, il a également souligné que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour éliminer les barrières tarifaires et non tarifaires qui freinent le développement des échanges. En coordonnant leurs efforts au sein de la Zlecaf, le Sénégal et la Mauritanie pourraient maximiser les bénéfices économiques de cette initiative continentale.



Les défis et opportunités de l’intégration régionale

L'initiative de coopération renforcée entre le Sénégal et la Mauritanie s'inscrit dans un cadre plus large d'intégration régionale en Afrique de l’Ouest. Cette dynamique est cruciale non seulement pour les deux pays, mais aussi pour la stabilité et la prospérité de toute la région. En effet, des initiatives comme le Grande Tortue Ahmeyim ou le développement d'infrastructures transfrontalières peuvent inspirer d'autres pays africains à intensifier leurs collaborations, notamment dans les secteurs clés tels que l’énergie, les mines, l’agriculture et l’industrie.

Toutefois, des défis demeurent. La sécurisation des zones transfrontalières, la mise en place d’infrastructures adéquates et l’harmonisation des régulations sont des conditions essentielles pour garantir le succès de cette collaboration. De plus, il sera important de veiller à une répartition équitable des bénéfices entre les deux pays, afin d'éviter tout déséquilibre qui pourrait engendrer des tensions.



Le Forum économique Sénégal-Mauritanie marque une étape importante dans le renforcement des relations économiques entre les deux pays. Grâce à des projets ambitieux dans les secteurs de l’énergie, des mines et de l’industrie, le Sénégal et la Mauritanie se positionnent comme des acteurs majeurs de la région ouest-africaine. Si les défis restent nombreux, l’engagement des deux gouvernements à transformer leurs ressources et à maximiser la valeur ajoutée locale pourrait bien être la clé de leur réussite économique commune.





Mamadou Elhadji LY / CESTI 

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