SENEGAL - POLITIQUE : MACKY SALL REPOND AUX ACCUSATIONS SUR LA DETTE DU SENEGAL ET SON IMPLICATION DANS LES LEGISLATIVES ANTICIPEES
L'ancien président sénégalais, Macky Sall, a brisé son silence lundi dans une interview accordée à Bloomberg TV, largement reprise par Financial Post. Au centre des débats : les récentes accusations formulées par le Premier ministre Ousmane Sonko lors d'une conférence de presse, où il reprochait à son prédécesseur d'avoir falsifié les chiffres de la dette et du déficit budgétaire du Sénégal. Macky Sall, visiblement agacé, a fermement démenti ces accusations, défendant la gestion de son administration et justifiant sa récente décision de se présenter aux élections législatives anticipées du 17 novembre.
Réponse aux accusations de falsification des chiffres économiques
Au cours de son entretien avec Bloomberg TV à Londres, Macky Sall a catégoriquement rejeté les accusations portées par le gouvernement actuel, notamment celles du Premier ministre Ousmane Sonko. Ce dernier avait accusé l’administration de Sall d’avoir masqué l’ampleur de la dette et du déficit budgétaire, ce qui, selon lui, aurait contribué à une dégradation de la note économique du Sénégal.
« Je regrette les propos du Premier ministre qui sont totalement faux et qui ont conduit à une dégradation de la note du Sénégal », a déclaré Macky Sall. Il s'agit de sa première réponse publique depuis la publication des résultats de l'audit des finances publiques, qui a été ordonné par le président actuel, Bassirou Diomaye Faye. Cet audit avait mis en lumière des « irrégularités » dans la gestion économique sous le mandat de Sall, pointant notamment une gestion opaque de la dette.
Macky Sall a défendu son bilan en soulignant la distinction entre l’endettement pour financer le développement et le surendettement. « Il ne faut pas se mettre dans la tête que l’on peut se développer sans dette, ce n’est pas possible », a-t-il expliqué. « Il ne faut pas confondre emprunter pour financer le développement et parler de surendettement. »
L'ancien président a affirmé qu'il avait laissé le pays avec des « indicateurs économiques au vert », et que son administration avait réalisé des investissements majeurs qui bénéficient encore au Sénégal aujourd'hui. « Les résultats des investissements de mon administration sont tellement visibles qu’il ne devrait même pas y avoir de débat », a-t-il ajouté. Selon Sall, les infrastructures modernes, telles que les autoroutes, les aéroports et les projets énergétiques, sont autant de preuves tangibles de la bonne gestion de son gouvernement.
L’implication de Macky Sall dans les élections législatives anticipées
Outre les questions économiques, l’entretien avec Macky Sall a permis d’éclaircir sa position concernant sa participation aux législatives anticipées du 17 novembre 2024. Sa décision de se présenter comme tête de liste de la coalition d’opposition Takku Wallu Sénégal a surpris de nombreux observateurs. Après avoir annoncé en juillet 2023 qu’il ne se présenterait pas à un troisième mandat présidentiel, beaucoup s’attendaient à voir l’ancien président se retirer de la vie politique active. Pourtant, Sall a choisi de revenir sur le devant de la scène politique.
Lors de son interview, l’ancien président a expliqué que son engagement dans ces élections législatives visait à empêcher le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko d’obtenir une majorité écrasante au Parlement. « J’ai accepté de renforcer l’opposition pour éviter une majorité toute-puissante qui pourrait être tentée de mener le pays sur une mauvaise voie », a-t-il déclaré. Selon lui, un Parlement totalement acquis au régime actuel pourrait conduire à des dérives autoritaires, menaçant ainsi la stabilité démocratique du Sénégal.
Sall a également précisé que sa décision de s'engager aux côtés de l'opposition n'était pas motivée par un désir de vengeance ou de revanche politique, mais plutôt par un sens du devoir. « Mon objectif est de garantir un contre-pouvoir efficace », a-t-il insisté. Il a mis en garde contre les dangers d’un déséquilibre des forces politiques qui pourrait, selon lui, nuire à la bonne gouvernance et à la démocratie.
Un retour stratégique sur la scène politique
L’implication de Macky Sall dans ces législatives s'inscrit dans une stratégie plus large de repositionnement sur l’échiquier politique sénégalais. À la tête de la coalition Takku Wallu Sénégal, l'ancien président tente de fédérer les forces d’opposition pour contrer le régime en place, qu'il accuse d'incompétence et de mauvaise gestion économique. En s’associant à l’opposition, Macky Sall entend également protéger son héritage politique, en consolidant les réformes et les projets lancés sous son administration.
Cette décision a suscité des réactions contrastées au sein de la classe politique sénégalaise. Certains saluent le retour de Sall comme un contrepoids nécessaire face à une alliance gouvernementale dominée par Sonko et Diomaye Faye, tandis que d'autres estiment qu’il s’agit d’une tentative de maintenir son influence sur la vie politique après sa présidence.
Pour beaucoup d'analystes, la participation de Macky Sall aux législatives pourrait aussi être une manière de préparer le terrain pour une nouvelle génération de leaders au sein de sa famille politique. En effet, le rôle de Sall dans ces élections pourrait permettre à son camp de regagner une influence significative au Parlement, ce qui pourrait ouvrir la voie à une recomposition politique avant les prochaines échéances présidentielles.
Les critiques du régime en place
Dans son entretien, Macky Sall n'a pas manqué de critiquer la gestion actuelle du gouvernement, notamment en ce qui concerne les relations internationales et la politique économique. Il a dénoncé la dégradation de la note économique du Sénégal, attribuant cette baisse à une mauvaise gestion des finances publiques par le gouvernement actuel, plutôt qu’à des problèmes hérités de son administration. Sall a également reproché à l’équipe de Sonko et Diomaye Faye de ne pas avoir su capitaliser sur les bases solides qu'il avait mises en place, évoquant notamment les réformes économiques et les infrastructures.
« J’ai quitté un pays où les indicateurs étaient au vert », a-t-il martelé, tout en insistant sur le fait que le Sénégal avait toutes les cartes en main pour poursuivre son développement. « Les mauvais choix actuels conduiront le pays dans une impasse si les choses ne changent pas rapidement », a-t-il averti.
L’interview de Macky Sall à Bloomberg TV marque son grand retour sur la scène politique sénégalaise, à la fois comme figure de l'opposition et comme défenseur de son bilan en tant qu’ancien chef de l’État. En démentant les accusations sur la falsification des chiffres économiques, il a cherché à rétablir sa réputation tout en critiquant la gestion du régime actuel. Sa décision de se présenter aux législatives anticipées du 17 novembre est un signe fort de son intention de peser sur l’avenir politique du Sénégal, avec l’objectif d’empêcher une concentration excessive du pouvoir entre les mains du gouvernement Diomaye-Sonko.
Reste à voir si cette stratégie portera ses fruits, alors que le Sénégal se dirige vers des élections législatives qui pourraient redéfinir l'équilibre politique du pays.
Mamadou Elhadji LY / CESTI
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