TUNISIE - ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE : KAÏS SAIED RÉÉLU 89% DES SUFFRAGES

Le président sortant Kais Saied est en passe de remporter un second mandat en Tunisie, selon un sondage à la sortie des urnes diffusé par la télévision nationale Wataniya. Avec plus de 89% des suffrages exprimés, Saied aurait largement distancé ses deux principaux concurrents : l'industriel libéral Ayachi Zammel, qui aurait obtenu 6,9% des voix, et l'ancien député de la gauche panarabe, Zouhair Maghzaoui, qui clôt le trio avec 3,9%. Ce triomphe intervient dans un contexte de faible participation, avec un taux de 27,7%, le plus bas depuis la révolution de 2011.








Une victoire écrasante, mais contestée ?

Le résultat du scrutin confirme la popularité continue de Kais Saied, 66 ans, qui a su se présenter comme un leader hors du système traditionnel, prônant une démocratie directe et un retour aux valeurs républicaines. Cependant, cette large victoire pourrait être ternie par une participation historiquement faible. Alors qu'en 2019, près de 45% des électeurs s'étaient rendus aux urnes, la chute de la mobilisation en 2024 marque un désengagement notable de la population tunisienne.


Selon le président de l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), Farouk Bouasker, ce taux de 27,7% reste "respectable" dans le contexte actuel. Cependant, pour les analystes politiques, ce chiffre témoigne d'un scepticisme croissant vis-à-vis du processus politique. La déception face aux réformes entreprises par Saied, notamment son approche unilatérale du pouvoir depuis qu’il a dissous le Parlement en 2021, pourrait expliquer cette démobilisation. Malgré tout, ce faible taux de participation n'a pas empêché le président sortant de consolider son emprise sur le pays.



Un président toujours perçu comme un "sauveur" par certains

Kais Saied est parvenu à cristalliser une base de soutien solide, en particulier auprès de la jeunesse et des segments de la population marginalisés. Son discours centré sur la lutte contre la corruption et la transformation radicale du système politique a séduit, à l’époque où les partis traditionnels semblaient incapables de résoudre les problèmes économiques et sociaux de la Tunisie.

Cependant, ses détracteurs critiquent sa tendance à concentrer les pouvoirs entre ses mains, remettant en cause les acquis démocratiques du pays depuis la révolution. Depuis 2021, Saied a gouverné par décret, contournant les institutions classiques. Cette posture a suscité l'inquiétude tant au niveau national qu'international, certains craignant un retour à un régime autoritaire sous couvert de réformes.



Une opposition morcelée

Le paysage politique tunisien s'est considérablement fragmenté ces dernières années. Les partis qui avaient dominé les premières années post-révolution, tels qu'Ennahdha, peinent aujourd'hui à rassembler un électorat lassé des querelles internes et des échecs économiques successifs. Ce manque de concurrence sérieuse à l'encontre de Saied a été aggravé par l'élimination des candidats les plus influents, ce qui a laissé place à des figures moins connues comme Zammel et Maghzaoui, qui n'ont pu faire le poids face à Saied.


Ce contexte a facilité la réélection de Saied, mais soulève des questions sur l'avenir de la démocratie tunisienne. La faible participation, en particulier, pourrait être vue comme un avertissement : si le président jouit encore d'une certaine légitimité populaire, cette dernière pourrait s'effriter si les promesses de réformes profondes ne sont pas suivies de résultats concrets, notamment en matière économique.



Quelles perspectives pour le second mandat de Saied ?

La Tunisie se trouve à la croisée des chemins. D’un côté, Saied a désormais les coudées franches pour mener à bien son projet politique, sans véritable opposition structurée. De l'autre, les défis économiques et sociaux restent immenses : chômage des jeunes, inflation galopante, endettement public, et crise de confiance institutionnelle. La légitimité de son projet de réforme constitutionnelle et son approche de gouvernance continueront d’être scrutées avec attention.


En dépit de son large soutien électoral, Kais Saied devra répondre aux attentes pressantes d'une population en quête de stabilité et de prospérité. Le président pourra-t-il tenir ses promesses sans saper davantage la fragile démocratie tunisienne ? Les prochains mois seront décisifs pour mesurer l’impact réel de cette réélection sur l’avenir du pays.




Mamadou Elhadji LY / CESTI 

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