NÉCROLOGIE - SÉNÉGAL - SOCIÉTÉ : ANCIEN MINISTRE DES FINANCES ET DU BUDGET MAMADOU MOUSTAPHA BA EST DÉCÉDÉ À PARIS DÈS SUITE D’UNE COURTE MALADIE
Le Sénégal est en deuil. Ce lundi 4 novembre 2024, l’ancien ministre des Finances et du Budget, Mamadou Moustapha Ba, est décédé à l’âge de 59 ans, des suites d’une courte maladie. L'annonce de son décès a suscité une onde de choc dans le paysage politique et administratif du pays, marquant la fin d’une carrière jalonnée d’accomplissements et d’engagement au service de la nation. Figure incontournable de la gestion publique sénégalaise, Mamadou Moustapha Ba laisse derrière lui un héritage de rigueur et de réforme, bâtit à la faveur de ses différentes fonctions occupées au cours des dernières décennies.
Un parcours au sommet de l’administration sénégalaise
Né le 6 août 1965 à Nioro du Rip, petite ville située dans la région de Kaolack, Mamadou Moustapha Ba se démarque très tôt par un parcours académique d’exception. Diplômé de l’École nationale d’économie appliquée de Dakar en 1991, il s’illustre comme un étudiant brillant. Soucieux d’élargir ses compétences, il s'envole pour la Belgique où il décroche un diplôme en politique de développement et un Master en gestion et administration publique de l’Institut de politique et de gestion du développement de l’Université d'Anvers. Major de sa promotion en 1998 et 1999, son ascension professionnelle se fait naturellement au rythme de ces distinctions académiques.
L’homme intègre l’administration publique sénégalaise en 1992 en tant que chargé de programmes à la Direction de la coopération économique et financière (Dcef), une structure clé dans la gestion de l’aide extérieure et des financements internationaux. Durant cette période, Ba fait montre de ses talents de négociateur et de gestionnaire, traits qui feront de lui un élément essentiel de l’appareil d’État sénégalais. En 2007, il devient directeur adjoint de cette même direction, puis accède au poste de directeur de la Dcef en 2012, un rôle qu’il occupera jusqu’en octobre 2014.
Cette expérience dans la haute fonction publique le prépare à prendre les rênes de la Direction générale du Budget, où il sera nommé en 2014. Pendant près de huit ans, Ba sera l’architecte des politiques budgétaires du Sénégal, jouant un rôle crucial dans la mise en œuvre des réformes économiques du gouvernement du président Macky Sall. Le 17 septembre 2022, à la suite de la réorganisation du gouvernement, Mamadou Moustapha Ba est nommé ministre des Finances et du Budget, succédant à Abdoulaye Daouda Diallo. Ce poste, qui marque l’apogée de sa carrière, lui confère une responsabilité déterminante dans la gestion des finances publiques à un moment critique pour le Sénégal, en pleine relance économique post-pandémique.
Un réformateur à la tête des Finances
En tant que ministre des Finances, Mamadou Moustapha Ba a joué un rôle central dans l’agenda des réformes économiques impulsées par le président Macky Sall. Dès sa prise de fonction, il s’attèle à renforcer la transparence budgétaire et à améliorer l’efficacité des dépenses publiques. Il est perçu comme l’homme des réformes structurelles, un technocrate qui maîtrise à la perfection les rouages de l’économie et des finances publiques sénégalaises. Sous son impulsion, plusieurs chantiers prioritaires ont été lancés pour réformer le système fiscal, rationaliser les subventions étatiques, et renforcer la lutte contre l’évasion fiscale.
Son passage au ministère a été marqué par une volonté de moderniser l’administration fiscale, en introduisant de nouveaux outils numériques et en favorisant la digitalisation des services. Cette modernisation visait à accroître les recettes fiscales dans un contexte de pression économique exacerbée par la crise mondiale du COVID-19 et l’instabilité géopolitique liée à la guerre en Ukraine. Mamadou Moustapha Ba a également été à l’avant-garde des négociations avec les institutions financières internationales, comme le FMI et la Banque mondiale, pour la mise en place de programmes d’ajustement budgétaire et la gestion de la dette publique.
Malgré ces défis, il a su maintenir un équilibre dans la gestion des finances publiques, contribuant à préserver la crédibilité financière du Sénégal sur la scène internationale. Le pays a ainsi continué à bénéficier de l’appui de ses partenaires techniques et financiers, renforçant son statut d’économie stable en Afrique de l’Ouest.
Un homme de consensus et de rigueur
Si son parcours professionnel force l’admiration, c’est également son caractère personnel qui est souvent salué. Ceux qui ont travaillé avec Mamadou Moustapha Ba décrivent un homme de consensus, attaché au dialogue et à l’inclusion. Sa capacité à rassembler, à transcender les divergences politiques et à créer un terrain d’entente au sein de l’administration lui a valu l’estime de ses collègues et de la classe politique, toutes tendances confondues.
Il s’agissait d’un leader pragmatique, souvent discret, mais doté d’une solide vision pour le développement de son pays. Ce pragmatisme s’est notamment illustré dans sa gestion des réformes budgétaires qui, bien que parfois impopulaires, ont toujours été guidées par l’intérêt supérieur de l’État. Son sens aigu de l'État et du devoir est l’une des raisons pour lesquelles il jouissait d’une telle confiance au sommet de l’appareil étatique.
Son engagement pour la modernisation de la gestion publique sénégalaise et son expertise en matière de finances lui ont valu de nombreuses reconnaissances, tant au niveau national qu’international. Sa disparition brutale laisse un vide énorme, non seulement au sein du gouvernement, mais également parmi ses pairs dans les cercles économiques et financiers du pays.
Une perte pour la nation sénégalaise
Le décès de Mamadou Moustapha Ba constitue une perte immense pour le Sénégal. Son départ survient à un moment où le pays est en plein redressement économique, et sa vision pour le redressement budgétaire et la modernisation des finances publiques reste inachevée. Les témoignages de personnalités politiques et d’experts économiques se succèdent depuis l’annonce de sa disparition, rendant hommage à l’homme d’État, mais aussi à l’ami, au collègue et au mentor qu’il fut pour beaucoup.
L’héritage qu’il laisse est celui d’un serviteur de l’État, dévoué et visionnaire, dont l’impact continuera de marquer les générations futures de responsables publics. Mamadou Moustapha Ba était de ceux qui croyaient fermement en la capacité du Sénégal à s’imposer comme un modèle de stabilité et de progrès en Afrique de l’Ouest, et il a consacré sa vie à cette cause.
Dans les jours à venir, un hommage national lui sera probablement rendu, témoignant de l’importance de son apport à la nation sénégalaise. Son parcours exemplaire inspire une génération de jeunes fonctionnaires et politiciens qui, à son image, espèrent contribuer au rayonnement de leur pays.
Avec la disparition de Mamadou Moustapha Ba, le Sénégal perd l’un de ses plus brillants technocrates. Son décès est un coup dur pour l’administration publique sénégalaise et la classe politique qui perd un homme de rigueur, un réformateur, mais surtout un patriote engagé. Son parcours exceptionnel témoigne d’un engagement inébranlable au service de son pays. Le Sénégal, en deuil, lui rend hommage pour l’œuvre accomplie, tout en mesurant la profondeur du vide qu’il laisse derrière lui.
Mamadou Elhadji LY / CESTI

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