SÉNÉGAL - ÉDUCATION : QUE RETENIR DE LA JOURNÉE NATIONALE DES DAARA
Le Sénégal amorce une étape importante dans la revalorisation de son système éducatif. Avec l’annonce, ce jeudi 28 novembre 2024, par le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, des premières Assises nationales des daaras. Cet événement ambitieux se veut un espace de réflexion et de concertation sur l’avenir de ces écoles traditionnelles, véritables piliers de la transmission des valeurs religieuses et culturelles du pays. Cette initiative attendue depuis des décennies par les différents acteurs du secteur éducatif, marque une volonté de moderniser les daaras tout en préservant leur vocation première.
Un projet axé sur trois grands piliers
Dans son allocution prononcée à Diamniadio, en marge de la troisième édition de la Journée nationale des daaras, le Président Bassirou Diomaye Faye a détaillé les axes majeurs de cette réforme. Trois objectifs prioritaires guideront les travaux des Assises nationales.
Repenser la place des daaras dans le système éducatif national
Le Président Bassirou Diomaye Faye a mis l’accent sur l’urgence d’intégrer les daaras dans une vision globale et équitable de l’éducation. « Il s’agit de garantir une équité totale entre tous les enfants sénégalais, quelle que soit leur voie éducative », a-t-il affirmé. Cette intégration passe par la reconnaissance institutionnelle des daaras en tant que composantes essentielles du système éducatif, au même titre que les écoles publiques et privées.
Vers une diversification des contenus pédagogiques
L’introduction de matières modernes telles que les mathématiques, les sciences, les langues étrangères et les compétences techniques est envisagée. Cette évolution permettra aux apprenants des daaras de bénéficier d’une éducation polyvalente, capable de répondre aux exigences d’un monde en constante mutation. Toutefois, le Président a insisté sur la nécessité de préserver « l’âme et la vocation première » des daaras, en veillant à ce que leur enseignement religieux et moral reste intact.
Mise en place d’un cadre institutionnel et financier stable
Pour garantir la pérennité des réformes, l’État prévoit de renforcer les partenariats public-privé. Ce cadre permettra d’offrir un soutien durable aux daaras, en termes d’infrastructures, de formation des enseignants et de ressources pédagogiques. Selon le Président, cette démarche vise à doter les daaras des moyens nécessaires pour se moderniser sans perdre leur identité.
Les daaras, qui jouent un rôle central dans la formation spirituelle et culturelle des enfants sénégalais, font face à des défis multiples. Nombre d’entre eux souffrent d’un manque de financement, d’infrastructures adaptées et de personnel qualifié. Cette situation les place souvent en marge des priorités éducatives nationales, malgré leur contribution significative à la préservation des valeurs religieuses et culturelles.
Le Président Bassirou Diomaye Faye a souligné que les Assises offriront une opportunité de dialogue entre les éducateurs, les familles religieuses, les décideurs politiques et les partenaires financiers. Ensemble, ces parties prenantes chercheront des solutions pour rehausser le niveau et les perspectives des daaras. Cette réforme se veut inclusive. Elle vise non seulement à résoudre les problèmes structurels, mais aussi à réconcilier tradition et modernité.
Les daaras modernes, un modèle prometteur
Le Chef de l’État a salué les résultats obtenus par les daaras modernes, où des approches pédagogiques innovantes combinent enseignement religieux et formation académique. Les performances des jeunes élèves, notamment lors des compétitions internationales de mémorisation et de récitation du Saint Coran, sont citées comme des exemples de réussite. Ces succès montrent que les daaras, lorsqu’ils bénéficient des moyens adéquats, peuvent être des modèles d’excellence éducative.
Un enjeu de développement national
Au-delà de l’éducation, la réforme des daaras est perçue comme un levier de développement national. En intégrant des disciplines modernes, ces écoles contribueront à la formation d’une main-d'œuvre qualifiée, capable de relever les défis économiques, technologiques et sociaux du Sénégal. Pour de nombreux experts, cette initiative pourrait également réduire les inégalités éducatives, en offrant des opportunités équitables à tous les enfants, y compris ceux issus des milieux les plus modestes.
L’annonce des premières Assises nationales des daaras marque un tournant décisif pour le Sénégal. En repensant leur place dans le système éducatif, en modernisant leurs programmes et en leur offrant un cadre institutionnel et financier solide, l’État ambitionne de donner un nouvel élan à ces écoles traditionnelles.
Les travaux des Assises, dont la date reste à préciser, seront suivis de près par les acteurs éducatifs et les familles sénégalaises. L’avenir des daaras, symbole du patrimoine culturel et spirituel du pays, est plus que jamais au cœur des priorités nationales. Cette réforme s’inscrit dans une vision à long terme, où tradition et innovation se conjuguent pour construire une société équitable et résiliente.
Mamadou Elhadji LY / CESTI

Commentaires