SENEGAL - POLITIQUE : LA SCENE POLITIQUE AU LENDEMAIN DES ELECTIONS EN 2024

Le Sénégal reconnu comme un modèle démocratique en Afrique de l’Ouest a amorcé un tournant historique lors de l’élection présidentielle du 24 mars 2024. Avec 54,28 % des suffrages dès le premier tour, Bassirou Diomaye Faye, âgé de 44 ans a marqué les esprits en devenant le cinquième Président de la République sénégalaise et le plus jeune depuis l’indépendance. Cette élection a non seulement confirmé l’émergence de nouvelles dynamiques politiques, mais elle a aussi entériné une alternance générationnelle tant attendue. Cette dernière déclasse aussi les partis politiques classiques pour une mort 




Crédit Photo : APS.SN



L’élection de la rupture en 2024 ?

Depuis 2000, le Sénégal a connu une succession d’alternances politiques marquant une vitalité démocratique. Après le Parti socialiste (PS) d’Abdou Diouf, évincé en 2000 par Abdoulaye Wade et son Parti démocratique sénégalais (PDS), puis l’Alliance pour la République (APR) de Macky Sall, qui a succédé au PDS en 2012. C’est désormais le tour de Pastef/Les Patriotes. Ce renouvellement de la classe politique sénégalaise reflète une volonté populaire de changement face à des partis vieillissants et perçus comme déconnectés des réalités sociales du pays. L’accession au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, numéro deux de Pastef et proche allié de l’opposant d’alors Ousmane Sonko s’inscrit dans cette dynamique de rejet des élites traditionnelles et de recherche de solutions novatrices.


Le renouvellement générationnel, une rupture inévitable

Le succès de Bassirou Diomaye Faye à la dernière élection présidentielle acte une alternance générationnelle sur la scène politique sénégalaise. À seulement 44 ans, il incarne une jeunesse assoiffée de changement dans un pays où 76 % de la population a moins de 35 ans. Cette victoire est en grande partie attribuée à la mobilisation massive des jeunes électeurs, lassés par des figures politiques qu’ils jugent déconnectées de leurs préoccupations. Depuis plusieurs années, ces jeunes, baignés dans un univers numérique se sont détournés des médias traditionnels pour s’informer via les réseaux sociaux devenus aujourd'hui presque des « médias sociaux ». Ces derniers ont crée un écart générationnel profond avec les partis historiques à l'image du Parti Socialiste, du Parti Démocratique Sénégal ou encore de l'Alliance Pour la République. En réponse, Pastef a su capter cette nouvelle dynamique en offrant une alternative crédible et ancrée dans les préoccupations sociales quotidiennes des sénégalais.


Les partis historiques, entre déclin et désillusion

L’élection de 2024 a confirmé la marginalisation des partis politiques qui ont dominé la scène sénégalaise depuis des décennies. Le Parti socialiste (PS), autrefois puissant, continue de s’effondrer. Incapable de se réinventer depuis sa défaite historique en 2000, il n’est désormais qu’un membre secondaire de coalitions. Le Parti démocratique sénégalais (PDS) suit une trajectoire similaire. Concentré autour de son fondateur Abdoulaye Wade et son fils Karim Wade, le parti n’a pas su s’adapter à une scène politique en mutation. L’Alliance pour la République (APR) de Macky Sall, bien qu’au pouvoir pendant 12 ans, a montré ses limites. Minée par des luttes internes et incapable de transcender son leadership initial, l’APR s’est effondrée lors de cette présidentielle.

Ces partis, autrefois dominants, peinent à répondre aux attentes d’un électorat de plus en plus exigeant. Ce qui a entraîné leur déclin rapide dans le cœur des sénégalais. Cela est nettement visible à travers les dernières élections présidentielles et législatives avec respectivement 54,28 % et 49 % des suffrages.


Pastef/Les Patriotes, une révolution ou une transition ?

Avec l’élection de Bassirou Diomaye Faye, Pastef marque une rupture significative. Le parti, fondé en 2014 par Ousmane Sonko, s’est construit autour d’un discours « antisystème » et d’un programme axé sur la lutte contre la corruption, la transparence, et l’amélioration des conditions de vie. Cependant, cette ascension fulgurante pose des défis importants. Parmi ces derniers, il s'agira de préserver la démocratie interne : Pastef devra éviter les travers de ses prédécesseurs en favorisant la participation interne et en évitant une centralisation excessive autour d’un leader unique. Ensuite, une réponse aux attentes des sénégalais : Les attentes populaires envers le nouveau régime sont immenses. Le succès ou l’échec de ce mandat pourrait déterminer l’avenir de Pastef. Enfin, l'institutionnaliser de la Vision Sénégal 2050. Il s'agira de transformer un discours contestataire en un programme de gouvernance cohérent sera essentiel pour asseoir une base électorale durable.


Vers une nouvelle bipolarisation dans la scène politique ?

Si Pastef incarne l’avenir, l’opposition reste perdue et divisée dans ses combats. Amadou Ba, dauphin désigné de Macky Sall a été affaibli par des contestations internes. Les anciens ténors, tels que Khalifa Sall ou Barthélémy Dias, peinent à s’imposer face à la nouvelle donne. Cette dispersion de l’opposition pourrait permettre à Pastef de dominer durablement la scène politique, mais un monopole prolongé pourrait également affaiblir le jeu démocratique.


Une jeunesse au cœur du changement

Le rôle central de la jeunesse sénégalaise dans cette élection souligne une mutation sociologique majeure. Désormais majoritaires dans le fichier électoral, les jeunes imposent leur vision et leurs priorités. Le défi pour les nouvelles autorités est de canaliser cette énergie pour renforcer la démocratie tout en répondant aux aspirations de cette génération connectée et ambitieuse.


L’espoir d’un renouveau systémique

L’élection de Bassirou Diomaye Faye ouvre une nouvelle page de l’histoire politique du Sénégal. Si le pays reste un modèle de stabilité démocratique en Afrique, cette transition politique souligne les défis structurels auxquels il fait face : une demande croissante de renouvellement, un besoin urgent de réformes, et une jeunesse déterminée à être entendue. Si Pastef réussit à concilier ses idéaux avec les exigences de la gouvernance, il pourrait redéfinir durablement le paysage politique sénégalais. Dans le cas contraire, il risque de rejoindre la liste des partis déchus, victimes de leur propre incapacité à évoluer. Pour l’heure, les regards sont tournés vers cette nouvelle ère, porteuse d’espoir mais aussi d’incertitudes.




Mamadou Elhadji LY / CESTI

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