SYRIE - POLITIQUE : LE RÉGIME DE BACHAR AL ASSAD TOMBE

La nuit du samedi 7 décembre 2024 a marqué un tournant majeur dans l’histoire de la Syrie. Bachar el-Assad au pouvoir depuis 2000 a quitté son pays dans ce qui apparaît comme une fuite précipitée face à une offensive fulgurante menée par Hayat Tahrir al-Sham, un groupe djihadiste allié à une coalition occidentale. Cet événement annonce la fin de 53 années de pouvoir de la famille Assad. Elle a d'abord commencé par son père Hafez al-Assad en 1971. Mais au-delà de la disparition d’un régime brutal, cette défaite ouvre de nouvelles perspectives pour la Syrie, pour la région, et remet en question l’équilibre géopolitique mondial.





Crédit Photo : Euronews.com, Bachar El-Assad, ancien Président de la Syrie




La chute rapide du régime, une offensive éclaire

L’attaque décisive a été lancée le 27 novembre 2024, marquant le début d’une grande offensive qui, en quelques jours seulement, a permis aux forces de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) de conquérir les grandes villes stratégiques de la Syrie. Le groupe, dirigé par Mouhamed Abou Al Julani, a pu compter sur un soutien militaire et logistique de la part d’une coalition occidentale, signe d’une nouvelle dynamique dans la lutte contre le régime d’Assad. La rapidité de cette victoire, qui a pris de court tant les alliés du régime que la communauté internationale, démontre à quel point le pouvoir syrien, affaibli par les années de guerre civile, n’était plus en mesure de résister face à une offensive coordonnée.



Un renversement longuement attendu

Le renversement du régime de Bachar El-Assad ne constitue pas une surprise en soi. En effet, depuis le début du printemps arabe en 2011, le pays a sombré dans une guerre civile dévastatrice, alimentée par les tensions internes et les ingérences extérieures. Si les manifestations pacifiques du printemps arabe ont été violemment réprimées, la guerre a rapidement pris une tournure internationale. La Russie et l’Iran sont venus en aide au régime d’Assad, tandis que des puissances occidentales et des États régionaux soutenaient les forces d’opposition. Mais ce renversement a pris du temps. En dépit de la répression sanglante du régime, Bachar El-Assad a résisté, grâce notamment à un soutien constant de Moscou et Pékin. La Russie, tout particulièrement, a déployé son armée en Syrie, et son influence diplomatique a permis à Assad de maintenir son pouvoir, tout en écrasant les insurgés. Cependant, le monde a changé. L’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, suivie par l’escalade du conflit en Ukraine et la guerre économique entre la Chine et les États-Unis, a modifié l’équilibre des puissances internationales.



L’effritement des soutiens : un tournant géopolitique majeur

Si Bachar el-Assad a longtemps pu compter sur le soutien de ses alliés traditionnels, la Russie et la Chine, la situation a évolué. Le renversement de la situation géopolitique mondiale a profondément modifié les priorités de ces puissances. La guerre en Ukraine a détourné l’attention et les ressources de Moscou, tandis que la Chine, confrontée à des tensions économiques croissantes avec l’Occident, a dû réévaluer ses alliances. En effet, les intérêts de la Russie et de la Chine ont pris le pas sur l’alliance avec Assad. Ces derniers mois, la Syrie n’était plus perçue comme un investissement stratégique incontournable, surtout au regard de l’intensification des rivalités mondiales. La leçon que les deux grandes puissances ont donnée au monde entier est la suivante : la loyauté est conditionnée à l'intérêt. En effet, bien que la Russie et la Chine aient joué un rôle crucial dans la préservation du régime d’Assad au fil des années, leur soutien n’a jamais été inconditionnel. Les victoires diplomatiques et militaires du régime Assad se sont ainsi construites sur des bases fragiles. Leurs alliés se sont montrés prêts à abandonner leur partenaire dès que leurs intérêts ont changé. Cette dynamique pourrait avoir des répercussions au-delà du cas syrien, notamment au Moyen-Orient, où des régimes ont souvent compté sur l’appui extérieur pour maintenir leur pouvoir.



Une victoire pour Hayat Tahrir al-Sham et l’Occident : quelles conséquences ?

L’alliance entre Hayat Tahrir al-Sham et les puissances occidentales a de quoi surprendre, tant les liens entre ces groupes sont souvent teintés d’ambiguïté. Hayat Tahrir al-Sham, issu d’Al-Nosra, un ancien groupe affilié à Al-Qaïda, s’est progressivement distancié de cette mouvance pour se présenter comme un acteur pragmatique, voire modéré, dans le contexte syrien. Leur victoire rapide et leur prise de contrôle de grandes villes stratégiques suggèrent une préparation minutieuse et une grande capacité à mobiliser des soutiens internationaux. Cette situation ouvre plusieurs interrogations. D’une part, il semble que l’Occident, dans un contexte de réalignement stratégique, ait décidé de soutenir indirectement des forces islamistes modérées plutôt que de persister dans son soutien à des régimes autoritaires. D’autre part, cela pourrait être le signe d’un changement dans la manière dont les puissances occidentales abordent les questions du terrorisme et de l’islamisme radical. La victoire de Hayat Tahrir al-Sham pourrait aussi renforcer la position de ce groupe dans la région, avec des implications pour la sécurité au Moyen-Orient, où le risque de fragmentation et d'instabilité demeure élevé.



La fin du régime Assad, des perspectives incertaines pour la Syrie

La défaite de Bachar el-Assad ouvre la porte à une période d’incertitude pour la Syrie. Le pays, ravagé par des années de guerre civile, se trouve désormais sans direction claire. La chute du régime pourrait être l’occasion de reconstruire un État plus inclusif et démocratique, mais les divisions internes, les rivalités entre groupes ethniques et religieux, ainsi que l’influence de puissances étrangères, compliquent cette perspective. De plus, l’absence d’un pouvoir central solide pourrait conduire à une fragmentation du pays en plusieurs zones de pouvoir concurrentes. Par ailleurs, le vide laissé par le régime d’Assad risque de favoriser l’émergence de nouveaux acteurs régionaux et internationaux, qui chercheront à s’implanter sur le territoire syrien. L’avenir de la Syrie semble plus que jamais incertain, alors que les défis liés à la reconstruction du pays, à la réconciliation entre les communautés et à la gestion de l’héritage de la guerre civile se multiplient.



Un bouleversement pour la Syrie et la région

La chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024 représente la fin d’une ère, mais aussi un bouleversement géopolitique majeur pour la Syrie et le Moyen-Orient. Cette victoire rapide de Hayat Tahrir al-Sham, soutenue par une coalition occidentale, symbolise les nouveaux équilibres qui émergent dans une région marquée par des conflits interminables et une réorganisation des alliances internationales. Alors que la Syrie se prépare à une période d’incertitude, les leçons à tirer pour les grandes puissances mondiales sont claires : dans le jeu géopolitique, les alliances sont fragiles, et les intérêts changent plus rapidement que les idéaux.


 


Mamadou Elhadji LY / CESTI 

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