ALIOU CISSE EN LIBYE : UN PARI AUDACIEUX, UN DÉFI COLOSSAL
L’arrivée d’Aliou Cissé à la tête de la sélection libyenne marque un tournant décisif pour le football de ce pays en quête de renaissance. Dimanche dernier, le technicien sénégalais, champion d’Afrique 2021 avec le Sénégal, a posé ses valises à Benghazi pour prendre en main les « Chevaliers de la Méditerranée ». À seulement onze jours de son premier test face à l’Angola, dans le cadre des éliminatoires de la Coupe du monde 2026, Cissé entame une mission des plus délicates, mais ô combien exaltante.
Un défi sportif de taille
Si Aliou Cissé a brillé avec les Lions du Sénégal, la tâche qui l’attend avec la Libye est autrement plus ardue. L’équipe nationale libyenne sort d’une campagne décevante en éliminatoires de la CAN 2025, terminant dernière de son groupe avec seulement cinq points. Pire encore, la Libye n’a plus goûté aux joies d’une phase finale de CAN depuis 2012. Loin d’être une nation phare du football africain, elle souffre d’un manque de stabilité et de compétitivité à l’échelle continentale.
Le choix de la Fédération libyenne de football, présidée par Abdelmoula Al-Maghribi, repose sur l’expérience avérée de Cissé en Afrique. Son palmarès parle pour lui : neuf années aux commandes du Sénégal, une victoire en CAN 2021, deux participations à la Coupe du monde (2018 et 2022) et une gestion rigoureuse d’un effectif de stars. Son profil de meneur d’hommes et son approche tactique pragmatique en font un atout précieux pour une Libye qui cherche à retrouver son lustre d’antan.
Une mission sous pression
Le contrat signé par Cissé jusqu’en 2027 est clair : il doit impérativement qualifier la Libye pour la CAN 2027 sous peine de ne pas être reconduit. Une clause qui en dit long sur les attentes placées en lui. De plus, la Fédération espère voir la Libye se battre jusqu’au bout pour une place en Coupe du monde 2026, un objectif qui semble aujourd’hui hors de portée, mais que l’ex-sélectionneur sénégalais devra au moins envisager. Le défi est double : reconstruire une équipe en perte de vitesse et inculquer une mentalité de gagnants à des joueurs qui manquent cruellement d’expérience au haut niveau. L’Angola, son premier adversaire, sera un test révélateur de l’état d’esprit et du potentiel de la sélection sous son ère.
Un pari sur l’avenir
Si le choix d’un entraîneur aussi expérimenté qu’Aliou Cissé témoigne de l’ambition de la Libye, il pose aussi question. Un technicien habitué aux sélections de premier plan peut-il réussir avec une équipe en pleine reconstruction ? Son pragmatisme tactique et sa rigueur suffiront-ils à transcender un effectif limité tactiquement et techniquement ? Le projet de l’ex sélectionneur de l’équipe nationale du Sénégal ne se jugera pas sur un match ni sur quelques mois, mais sur sa capacité à insuffler un nouveau souffle au football libyen en crise depuis des années. Avec un salaire inférieur à 100 000 dollars par mois, il a accepté un challenge où la réussite ne sera pas immédiate. Pourtant, s’il parvient à bâtir une équipe compétitive et à relever les défis fixés, son passage en Libye pourrait marquer une nouvelle étape de sa carrière et, surtout redonner espoir à un football en quête d’identité. Aliou Cissé a relevé des défis avant. Celui-ci pourrait bien être le plus difficile de tous.
Mamadou Elhadji LY / CESTI
Commentaires