SÉNÉGAL - POLITIQUE - ÉLECTIONS LÉGISLATIVES : LE TEMPS DES ALLIANCES
Les alliances et recompositions politiques qui se dessinent au Sénégal à l'approche des élections législatives anticipées du 17 novembre 2024 illustrent un paysage politique en pleine mutation ces derniers jours. Après la dissolution de l'Assemblée nationale par le président Bassirou Diomaye Faye, les partis et coalitions réajustent leurs stratégies électorales dans l'espoir de contrôler la 15e législature. Les mouvements observés sur l'échiquier politique, entre créations d'alliances improbables et ruptures inattendues, témoignent de l'intensité des négociations en cours et des enjeux pour les principales forces politiques.
L’alliance PDS-APR-Rewmi : Un regroupement aux visées libérales
L'une des alliances les plus inattendues et stratégiques est celle qui réunit le Parti démocratique sénégalais (PDS), l’Alliance pour la République (APR) et Rewmi. Cette coalition regroupe les partis des anciens présidents Abdoulaye Wade et Macky Sall, ainsi que celui de l'ancien Premier ministre Idrissa Seck. Leurs dirigeants ambitionnent de constituer un bloc solide pour conquérir une majorité parlementaire, s’appuyant sur une base libérale commune. L'annonce de cette coalition traduit une volonté de rassemblement, au-delà des divergences passées, pour peser lourdement sur la scène politique.
L’enjeu pour ces trois formations est de structurer un pôle qui pourrait offrir une alternative libérale aux Sénégalais, après une période marquée par des divisions internes, notamment sur des questions institutionnelles telles que la dissolution du Haut Conseil des collectivités territoriales. Leurs leaders tentent de repositionner leurs partis dans un contexte où Benno Bokk Yaakaar (BBY), la coalition majoritaire dissoute, semble perdre de son influence. En termes d’arithmétique électorale, l’alliance PDS-APR-Rewmi pourrait mobiliser une part importante de l'électorat, en particulier dans les bastions historiques du libéralisme sénégalais.
La dislocation progressive de Benno Bokk Yaakaar
La formation de cette alliance libérale pourrait sonner le glas de Benno Bokk Yaakaar, une coalition qui a dominé la scène politique sénégalaise pendant plusieurs années. La dissolution de l’Assemblée nationale et la convocation des législatives anticipées ont mis à l'épreuve la cohésion de BBY, notamment après l’élection présidentielle de mars dernier. En réalité, le verdict des urnes et les tensions internes, conjugués à des divergences stratégiques, ont progressivement érodé l’unité de cette coalition.
Macky Sall, l’ancien chef de l’État et leader de BBY, a d'ailleurs lui-même reconnu la nécessité d’aller « au-delà de BBY », suggérant un cadre politique plus adapté aux réalités actuelles. Cette reconnaissance d’un besoin de réinvention politique pourrait expliquer pourquoi plusieurs partis membres de BBY, tels que le Parti socialiste (PS) et d’autres, commencent à explorer d’autres alliances. Cette dislocation progressive témoigne du repositionnement de nombreux acteurs politiques, désireux de tirer profit de l'effondrement de la coalition dominante pour faire valoir leurs propres agendas.
PASTEF face à ses contradictions internes
Parallèlement, le parti au pouvoir, les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (PASTEF), traverse une période de turbulence. Son leader, Ousmane Sonko, a exprimé son désir d'aller aux législatives sous la bannière de PASTEF uniquement, écartant l'idée de former des alliances avec ses partenaires de la coalition « Diomaye Président ». Cette décision a provoqué un malaise au sein de ses alliés, certains, comme l’avocat Moussa Diop, ayant dénoncé un « manque de considération » de la part de PASTEF.
Cette situation révèle les tensions internes au sein de la coalition au pouvoir. En effet, plusieurs alliés estiment que la décision de Sonko pourrait affaiblir le bloc électoral qu'ils ont constitué lors de la présidentielle, en dispersant les voix de leurs électeurs potentiels. La volonté d’Ousmane Sonko de maintenir une ligne dure et de se concentrer uniquement sur PASTEF pourrait aussi refléter une stratégie plus large visant à renforcer la mainmise du parti sur l’appareil d’État, au détriment d’une approche plus inclusive. Cependant, cette démarche pourrait également entraîner des pertes stratégiques, alors que d’autres formations alliées choisissent de faire cavalier seul.
Une scène politique sénégalaise en perpétuelle recomposition
Les alliances et ruptures observées dans le paysage politique sénégalais à l’approche des élections législatives du 17 novembre reflètent une scène politique en recomposition. Chaque parti et coalition semble s’ajuster aux nouvelles réalités imposées par la dissolution de l’Assemblée et la victoire de Bassirou Diomaye Faye à la présidentielle. À mesure que la date de dépôt des candidatures approche, les tractations politiques s’intensifient, et de nouvelles alliances devraient émerger tandis que certaines anciennes se décomposeront.
Les enjeux sont multiples pour les partis politiques : conserver une cohésion interne, mobiliser un électorat fidèle, et surtout, s’assurer une représentation significative à l’Assemblée nationale. Si les formations politiques doivent composer avec les impératifs du moment, les résultats de ces législatives anticipées pourraient marquer un tournant décisif dans l’histoire politique du Sénégal. À travers ces manœuvres politiques, c’est toute la structuration du pouvoir qui se joue, dans un contexte où les électeurs, lassés des querelles de chapelle, pourraient décider d’opter pour un véritable renouvellement de la classe politique.
Mamadou Elhadji LY / CESTI
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