ACTUALITÉ INTERNATIONALE - TUNISIE : RÉÉLU POUR UN SECOND MANDAT KAÏS SAÏED PRÊTE SERMENT

 Le 21 octobre 2024, Kaïs Saïed a prêté serment devant les parlementaires tunisiens pour entamer son second mandat en tant que président de la Tunisie. Réélu dès le premier tour avec un score controversé de 90,69 % des voix, Kaïs Saïed est désormais à la tête d’un pays où l’opposition semble s’effacer et où il renforce son contrôle politique. Cette élection et les circonstances de son mandat témoignent d’une transformation profonde du paysage politique tunisien.




Crédit Photo : RFI 





Une réélection controversée

Malgré le chiffre impressionnant obtenu lors du scrutin, les observateurs internationaux et une partie des Tunisiens soulèvent des questions sur la légitimité de ce vote. En effet, plusieurs candidats potentiels n’ont pas pu se présenter, certains en raison d’une exclusion par la justice ou d’arrestations préventives. Le cas le plus médiatisé reste celui d’un candidat incarcéré, ce qui a alimenté les accusations de manipulation du processus électoral en faveur de Kaïs Saïed. Ces irrégularités sont perçues par beaucoup comme le reflet d’un régime en quête de monopolisation du pouvoir.


La scène politique tunisienne s'est radicalement modifiée depuis que Kaïs Saïed a pris les pleins pouvoirs en juillet 2021, suite à un coup de force constitutionnel qu'il a justifié par une "volonté populaire" et la nécessité de sauver la Tunisie d’une crise politique majeure. Cette décision, initialement perçue comme une réponse aux dysfonctionnements du gouvernement et à la colère sociale, a rapidement évolué en un régime présidentiel quasi-autocratique, avec une dissolution du Parlement et une réécriture de la Constitution en 2022. Ce cadre institutionnel révisé a permis à Kaïs Saïed de consolider son pouvoir tout en affaiblissant les contre-pouvoirs traditionnels.




Kaïs Saïed, l’homme providentiel ?

Lors de sa cérémonie d’investiture, Kaïs Saïed a une nouvelle fois affirmé son rôle de "sauveur" de la nation. Devant une Assemblée acquise à sa cause, le président tunisien a juré de protéger l’indépendance et la paix de la Tunisie, se plaçant comme une barrière contre ce qu'il décrit comme des "complotistes" tant internes qu'externes, prêts à précipiter le pays dans le chaos. Il a notamment fait référence aux menaces de guerre civile qui, selon lui, planaient sur la Tunisie avant son intervention en 2021. C’est dans ce contexte qu’il a justifié la concentration de tous les pouvoirs entre ses mains.


Kaïs Saïed a cultivé l'image d'un leader providentiel, investi d’une mission quasi-divine pour redresser son pays. Sa rhétorique populiste et anti-système, particulièrement bien reçue dans les zones rurales et populaires, lui a permis de rallier une frange importante de la population, épuisée par les promesses non tenues de la révolution de 2011. Le rejet des élites politiques traditionnelles post-révolutionnaires, accusées de corruption et d’inefficacité, est l’un des piliers de son discours. Ce sentiment de trahison ressenti par une partie de la population explique en partie l’adhésion à la figure de Kaïs Saïed, vu comme un rempart contre le retour de ces élites.



Une opposition marginalisée et brutalisée 

Cependant, cette emprise croissante sur les institutions tunisiennes s’accompagne d’une marginalisation quasi-totale de l’opposition. Les partis politiques traditionnels, comme Ennahdha ou les partis libéraux, peinent à se réorganiser face à une répression sévère et des arrestations ciblées de leurs leaders. La scène politique tunisienne, autrefois vibrante et pluraliste, est aujourd’hui réduite à un paysage monolithique où les voix critiques sont étouffées ou marginalisées.


Le climat de peur et d’intimidation se reflète dans la manière dont Saïed aborde ses détracteurs. Qualifiés de "traîtres" ou d’ennemis de la nation, les opposants politiques sont souvent accusés de comploter contre l'État ou d’entretenir des relations avec des forces étrangères. Ces accusations permettent à Saïed de justifier ses actions autoritaires, tout en renforçant sa position auprès de ses partisans.




Une réélection et défis économiques majeurs

Si Kaïs Saïed a réussi à s’imposer politiquement, les défis économiques auxquels la Tunisie est confrontée demeurent immenses. La situation économique est l’un des principaux motifs de mécontentement populaire. Le pays est aux prises avec un taux de chômage élevé, une inflation galopante, et une dette publique qui s’accumule. De plus, les négociations avec le Fonds Monétaire International (FMI) pour un plan de sauvetage financier se poursuivent dans un climat d’incertitude. Les réformes économiques exigées par le FMI risquent d’accentuer la souffrance sociale, notamment en raison de la levée des subventions sur certains produits de première nécessité, une mesure impopulaire mais jugée nécessaire pour assainir les finances publiques.


Le second mandat de Kaïs Saïed s’annonce donc particulièrement périlleux. S’il parvient à maintenir une stabilité politique en affaiblissant l’opposition, la question économique reste son véritable talon d’Achille. Les attentes de la population sont élevées et la tolérance face à de nouvelles mesures d’austérité pourrait rapidement s’effriter.




Une Tunisie en quête d’avenir

L’avenir de la Tunisie sous ce second mandat est incertain. Le pays semble engagé sur une voie de centralisation extrême du pouvoir, un retour à un modèle pré-révolutionnaire pour certains observateurs. Pourtant, les défis socio-économiques pressants pourraient forcer le gouvernement à adopter des réformes plus inclusives pour éviter une nouvelle vague de soulèvements populaires.


Dans ce climat tendu, Kaïs Saïed a donc entre ses mains le destin d’un pays en quête de stabilité, mais également de justice sociale et d’une démocratie véritable. Tandis que son discours continue d’insister sur sa mission de "sauveur", c’est bien dans sa capacité à répondre aux préoccupations économiques urgentes que se jouera la suite de son mandat.




Mamadou Elhadji LY / CESTI 

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