ACTUALITE INTERNATIONALE - GUINEE : MAMADI DOUMBOUYA ELEVE AU TITRE DE GENERAL DE CORPS D'ARMEE

Ce Vendredi soir, à l’occasion des 66 ans de la création de l’armée guinéenne, le chef de la junte Mamadi Doumbouya a marqué un nouveau tournant en s’autoproclamant général d’armée, le plus haut grade militaire en Guinée. Cette annonce, officialisée par un décret signé de sa main, a également été accompagnée de la promotion de plusieurs autres officiers au rang de général. L’événement a suscité des réactions diverses dans le pays et à l’international, ravivant les tensions politiques internes et les critiques envers le régime de transition, qui est accusé d’étendre son emprise sur le pouvoir malgré les promesses initiales de retour à la démocratie.





Crédit Photo : Jeune Afrique 





Le parcours de Mamadi Doumbouya, de colonel à général d’armée

Mamadi Doumbouya, âgé de 43 ans, a accédé au pouvoir par la force en septembre 2021 en renversant le président Alpha Condé. Anciennement chef du Groupement des forces spéciales (GFS) – une unité d’élite qu’il dirigeait depuis 2018 – Doumbouya s’était illustré comme un officier de haut rang, respecté et redouté, au sein de l’armée guinéenne. Son coup d’État est survenu dans un contexte de mécontentement généralisé envers le régime de Condé, accusé de corruption, de répression et d’avoir amendé la Constitution pour prolonger son mandat.



Après sa prise de pouvoir, Doumbouya s’est fait investir président de transition avec un discours de réformes et de changements profonds. En janvier, il avait été élevé au rang de général de corps d’armée “à titre exceptionnel”, une ascension fulgurante qui ne respectait pas les étapes traditionnelles de général de brigade et général de division. Ce vendredi, il est passé directement au grade de général d’armée, une élévation qui lui permet de consolider son autorité au sommet de la hiérarchie militaire et d’asseoir son contrôle sur le pays.





La restructuration de l’armée : une armée plus fidèle à la junte

Outre sa propre promotion, Mamadi Doumbouya a promu plusieurs officiers au rang de général, renforçant ainsi l’encadrement militaire de son régime. Ces nominations ont été perçues comme une stratégie de fidélisation, car les nouveaux généraux appartiennent majoritairement au cercle restreint des officiers ayant soutenu Doumbouya lors du coup d’État. En consolidant ses appuis au sein de l’armée, Doumbouya s’assure de la loyauté des forces armées, un atout crucial pour un gouvernement militaire, surtout dans un pays qui a souvent connu des épisodes de turbulences politiques.



Les promotions sont également symboliques en ce jour de commémoration des 66 ans de l’armée guinéenne, rappelant l’importance du rôle des militaires dans l’histoire politique du pays. Toutefois, certains analystes estiment que cette stratégie de centralisation du pouvoir militaire autour du président de transition pourrait à terme fragiliser la crédibilité des institutions et des forces armées, les éloignant de leur rôle premier de protection de la nation et du respect de l’État de droit.





Des récompenses controversées et des critiques sur les droits de l’homme

Vendredi, Doumbouya a également été décoré de la Croix de guerre et a reçu la distinction de Grand-croix dans l’ordre national du colatier, la plus haute distinction honorifique en Guinée, pour “ses efforts constants en faveur de la cohésion sociale et de la coopération entre les peuples”. Bien que les autorités guinéennes aient salué cet hommage comme une reconnaissance des efforts de Doumbouya pour renforcer la stabilité et l’unité nationale, des voix critiques se sont élevées pour dénoncer ce qu’elles perçoivent comme une tentative de légitimer le pouvoir de la junte par des moyens symboliques.


En effet, plusieurs organisations de défense des droits humains, nationales et internationales, ont exprimé leurs préoccupations quant aux atteintes aux libertés publiques et aux droits de l’homme sous le régime de Doumbouya. Depuis le coup d’État, des cas de répression contre des opposants, de limitation des libertés de la presse et d’arrestations arbitraires ont été signalés. Ces actions suscitent des inquiétudes quant à la sincérité des engagements de la junte en matière de réformes démocratiques et de protection des droits fondamentaux.





La transition en question, l’éventualité d’une candidature présidentielle pour Doumbouya

Lors de sa prise de pouvoir, Doumbouya et son gouvernement avaient initialement promis une transition limitée dans le temps, annonçant leur intention de remettre le pouvoir à des civils élus d’ici fin 2024. Cependant, cette promesse a récemment été remise en cause, les représentants de la junte ayant émis des signaux favorables à une prolongation du pouvoir militaire, et certains ayant même évoqué la possibilité d’une candidature de Mamadi Doumbouya à la prochaine élection présidentielle.


Une telle candidature serait perçue par la communauté internationale et par une partie de la population comme une trahison de l’engagement initial de la junte à rétablir la démocratie. Elle marquerait également une continuité avec la tendance observée dans plusieurs autres pays d’Afrique de l’Ouest, où les régimes militaires se sont solidifiés, à l’instar du Mali, du Burkina Faso et du Niger. La crainte est que la Guinée, au lieu de voir s’ouvrir une nouvelle ère démocratique, ne s’enferme dans un système de gouvernement militaire prolongé, avec les risques d’instabilité que cela comporte.





Alpha Condé et l’opposition en exil, un rappel des tensions persistantes

En réaction à ces développements, l’ancien président Alpha Condé a publié sur ses réseaux sociaux un message appelant les forces de défense et de sécurité à un “sursaut patriotique pour sauver la démocratie”. Bien qu’il vive actuellement en exil, Alpha Condé continue de se considérer comme le président légitime de la Guinée et demeure une figure influente dans l’opposition guinéenne. Son message a résonné auprès de nombreux partisans et opposants au régime de transition, qui considèrent la junte comme une menace pour la démocratie et les libertés fondamentales.


Condé a exhorté les forces armées à ne pas se rendre complices de ce qu’il qualifie de “politique désastreuse pour le peuple guinéen” et à défendre les principes de liberté et de respect des droits humains. Bien que Condé soit lui-même critiqué pour avoir tenté de prolonger son mandat à travers une modification controversée de la Constitution, ses paroles rappellent les défis auxquels la junte est confrontée pour obtenir un consensus national et la légitimité nécessaire pour mener des réformes dans un climat de confiance.





Une pression internationale et régionale pour le retour à la démocratie

La communauté internationale, y compris la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), surveille de près la situation en Guinée. L’engagement initial de la junte à céder le pouvoir aux civils avait été bien accueilli, mais le report de la transition et les spéculations autour d’une éventuelle candidature de Doumbouya ont suscité des inquiétudes. La CEDEAO, qui a imposé des sanctions à la suite de plusieurs coups d’État en Afrique de l’Ouest ces dernières années, pourrait exercer davantage de pression sur la Guinée si les engagements en faveur du retour à un gouvernement civil ne sont pas respectés.


Les partenaires internationaux de la Guinée, dont l’Union africaine, les Nations Unies et l’Union européenne, ont également exprimé leurs préoccupations. En Guinée, des voix s’élèvent pour appeler à un retour rapide à la normalité démocratique, soulignant l’importance de respecter le calendrier électoral pour éviter un isolement diplomatique et un impact économique négatif, dans un pays déjà fragilisé par la pauvreté et dépendant de l’exploitation de ses ressources naturelles, notamment la bauxite.





Une Guinée en quête de stabilité et de légitimité

La nomination de Mamadi Doumbouya au grade de général d’armée et les promotions d’autres officiers supérieurs marquent un jalon important dans le parcours politique de la Guinée depuis le coup d’État de 2021. Bien que Doumbouya ait mis en avant des réformes et des efforts pour stabiliser le pays, le prolongement de la transition et la perspective de sa candidature à une élection présidentielle sont sources de tension. Les craintes d’une dérive autoritaire sont palpables, et les appels de l’opposition, comme celui d’Alpha Condé, ainsi que les pressions internationales, rappellent les enjeux d’un retour rapide à la démocratie.


Pour la population guinéenne, la promesse d’une transition pacifique et l’instauration d’un gouvernement civil semblent s’éloigner, et les perspectives d’un avenir politique stable demeurent incertaines. À l’heure actuelle, le rôle de l’armée dans la gouvernance du pays apparaît plus central que jamais, un choix qui pourrait bien sceller le destin politique de la Guinée pour les années à venir.





Mamadou Elhadji LY / CESTI

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