SENEGAL - POLITIQUE : QUE RETENIR DE LA DÉCLARATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE ?
Ce vendredi 27 décembre, la Déclaration de Politique Générale s'est tenue. Le Premier ministre Ousmane Sonko a prononcé devant l’Assemblée nationale une Déclaration de politique générale (DPG). Cette dernière dessine les contours d’une transformation systémique du pays sur les 25 prochaines années. Avec un discours de plus de deux heures, il a exposé un programme ambitieux, structuré et résolument tourné vers l’avenir. Ce document, qui marque une rupture nette avec les précédents, incarne une vision de développement durable et équitable qui interpelle par son audace et sa clarté.
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| Crédit Photo : APS, Ousmane SONKO, Premier ministre du Sénégal lors de la Déclaration de Politique Générale |
Un diagnostic sans concession, l’héritage d’un système en crise
Le Premier ministre a ouvert son discours en brossant un état des lieux sans fard de la situation actuelle, dénonçant les dérives et les lacunes héritées du régime précédent. L’audit des finances publiques, mené dès son arrivée au gouvernement, a révélé une situation plus alarmante qu’annoncée. Avec une dette publique largement sous-évaluée et un déficit budgétaire masqué, le Sénégal a vu ses financements internationaux suspendus par des institutions telles que le FMI et la Banque mondiale. Outre les dysfonctionnements financiers, Ousmane Sonko a dénoncé des scandales majeurs dans la gestion foncière, une inflation bureaucratique illustrée par l’embauche de près de 29 000 contractuels hors cadre légal, et une administration gangrenée par la corruption et le clientélisme. Ce constat sévère a servi de socle pour justifier les réformes structurelles qu’il entend mettre en œuvre.
Sept ruptures fondamentales, une nouvelle approche pour redresser le pays
Pour sortir de cette crise systémique, Ousmane Sonko a proposé sept ruptures fondamentales qui redéfiniront les bases du développement sénégalais. La restaurer l’ambition nationale : Le Premier ministre a plaidé pour une confiance renouvelée dans les compétences locales, rejetant le « complexe du colonisé ». Cette rupture implique une valorisation des savoir-faire locaux et une autonomisation face à l’aide extérieure. Il s'agit là pour le Premier ministre d'accompagner et d'appuyer les champions locaux pour économie nationale solide et dynamique. Ensuite, il est prévu d'adopter une planification à long terme. Abandonner les politiques de « saupoudrage » pour une approche cohérente à horizon 2050, avec des objectifs clairs et mesurables. Le passage d’une logique de dépenses à une culture de résultats : Chaque franc dépensé devra être justifié par son impact mesurable sur la vie des citoyens. Le renforcement et l'implication des populations à une participation citoyenne globaliste et inclusive. L’administration devra intégrer davantage les populations dans la prise de décision pour garantir transparence et inclusion. Il est prévu aussi selon le Chef du gouvernement du Sénégal de décentraliser la gouvernance. Une gestion territorialisée permettra d’adapter les politiques publiques aux spécificités locales. Ce qui permettra d'instaurer l’équité dans la gestion des ressources publiques. Il s'agit pour le nouveau régime de mettre fin aux privilèges et garantir une distribution équitable des richesses nationales. Enfin, Ousmane Sonko appelle et insiste à recentrer l’État sur ses missions essentielles. Il est important de lutter contre les abus et les dérives pour un service public réellement au service des citoyens.
Un agenda de transformation structuré, quatre axes stratégiques
Le Premier ministre a présenté un agenda national de transformation, structuré autour de quatre axes majeurs pour propulser le Sénégal dans une nouvelle ère. Une nouvelle ère basée sur une économie dynamique et diversifiée. L’objectif est de tripler le revenu par habitant d’ici 2050 grâce à une croissance annuelle minimale de 6,5 %. Parmi les mesures phares, une réforme fiscale ambitieuse augmentera la pression fiscale à 20 % du PIB, permettant de financer les investissements nécessaires. La souveraineté économique sera renforcée par la non-reconduction des accords de pêche avec l’Union européenne, la révision des contrats miniers et pétroliers, la création d’une industrie pharmaceutique nationale et l’objectif de 40 % d’énergies renouvelables d’ici 2030.
Un investissement massif dans le capital humain
Sur le plan éducatif, Ousmane Sonko a promis l’élimination totale des abris provisoires dans les écoles d’ici 2029. L’enseignement de l’anglais sera généralisé dès le primaire, et les Daara seront intégrés dans le système éducatif formel. Un Plan Spécial Diomaye de 54 milliards FCFA pour la Casamance vise à stabiliser la région et à faciliter le retour des déplacés. Il est urgent de renforcer la transparence pour favoriser la confiance citoyenne. En adoptant une loi garantissant l'accès à l'information publique, les citoyens peuvent mieux comprendre les actions et les décisions des institutions publiques. Cela réduit les zones d’ombre, limite les risques de corruption et encourage une gestion plus responsable des ressources publiques. Dans plusieurs démocraties avancées, comme les pays scandinaves, l’accès facilité à l’information publique a directement contribué à réduire les malversations administratives et à améliorer l’efficacité gouvernementale. Les citoyens deviennent des acteurs actifs de la gouvernance, ce qui renforce la légitimité des institutions et améliore le dialogue entre les gouvernés et les gouvernants. En outre, il y à l’autonomisation des corps de contrôle pour enquêter sur les abus. Cela permettra nettement d'assurer une surveillance efficace pour prévenir et sanctionner les dérives. Des organes de contrôle autonomes, libérés de toute influence politique ou économique, disposent des moyens nécessaires pour enquêter en toute impartialité sur les abus et irrégularités. Cela garantit que les responsables rendent des comptes sans interférence. Dans des pays comme Singapour, des institutions indépendantes ont joué un rôle clé dans l’élimination de la corruption à grande échelle, instaurant un climat de rigueur et de transparence. Ainsi, une gouvernance plus juste et équitable, où les dérapages sont détectés et corrigés rapidement, favorisant la confiance des citoyens et des investisseurs.
En outre, le renforcement de l’indépendance de la justice. Garantir une application impartiale et équitable des lois, une condition sine qua none pour un pays en développement. Une justice véritablement indépendante qui protège les droits fondamentaux des citoyens en évitant toute ingérence politique ou économique. Elle est le pilier d’un État de droit, où chacun, quelle que soit sa position, est soumis aux mêmes règles. C'est l'exemple de l'Allemagne, l’indépendance stricte du système judiciaire a renforcé la confiance des citoyens dans la capacité de l’État à garantir justice et équité. Un système judiciaire autonome améliore l’attractivité d’un pays pour les investisseurs étrangers, tout en garantissant la stabilité sociale grâce à une protection renforcée des droits. Ces réformes constituent des piliers essentiels d’une gouvernance moderne et responsable. Elles contribuent à la lutte contre la corruption, à l'amélioration de l’efficacité institutionnelle et à l’instauration d’un climat de confiance entre l’État et les citoyens. En s’appuyant sur des exemples concrets, elles démontrent leur pertinence et leur impact positif sur le développement durable et inclusif.
Cette DPG, un gros pari sur l’avenir
Avec cette Déclaration de politique générale, Ousmane Sonko pose les jalons d’un Sénégal nouveau, en rupture avec les pratiques du passé. Si les défis sont immenses, le programme proposé offre une vision claire et structurée, capable de fédérer autour d’un projet ambitieux. Le chemin sera long, mais pour le Premier ministre, la transformation systémique du Sénégal est non seulement possible, mais impérative. Ce discours, d’une intensité rare, marque sans doute un tournant décisif dans l’histoire politique du pays. L’avenir dira si cette vision ambitieuse se traduira en résultats concrets, mais pour l’heure, le Premier ministre a réussi à insuffler un nouvel espoir à une nation en quête de renouveau. La DPG du Premier ministre s’est conclue sur une note mobilisatrice. Ousmane Sonko a appelé tous les Sénégalais à s’engager dans cette transformation, insistant sur l’importance de la bonne gouvernance, de la justice sociale et de l’équité. Il a promis un gouvernement de rupture qui sert le peuple plutôt que de se servir, tout en refusant tout compromis sur les principes fondamentaux. Sur le plan de la diplomatie, Ousmane Sonko a réaffirmé l’engagement panafricain du Sénégal en ratifiant le Protocole de Malabo. La diaspora sera mieux intégrée avec la création d’une Haute Autorité dédiée. Le principe de réciprocité sera appliqué pour la délivrance des visas, reflétant une posture de respect mutuel. Pour garantir l’efficacité de ce programme ambitieux, un dispositif de suivi strict sera mis en place. Un Conseil présidentiel supervisera les réformes, tandis qu’une structure dédiée à la Primature veillera à leur exécution. Des contrats de performance seront signés avec chaque ministère, renforçant la responsabilité des acteurs impliqués. Avec la tenue de la Déclaration de Politique Générale, place maintenant au vote de la loi de finances 2025 et à la mise en place de la Haute Cour de Justice.
Mamadou Elhadji LY / CESTI
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