CESTI-OXFAM : LE JOURNALISME D’INVESTIGATION, UNE SOLUTION POUR DE FINANCES PUBLIQUES ET RESSOURCES MINÉRALES CORRECTES
Le journalisme d’investigation a toujours été un pilier essentiel de la démocratie. Il a permis de dévoiler des réalités souvent cachées au grand public. Au Sénégal, ce genre journalistique, bien que reconnu pour son importance, peine encore à s’imposer comme une norme incontournable dans le paysage médiatique. C’est dans cette optique que le Centre d’Études des Sciences et Techniques de l’Information (CESTI), en partenariat avec Oxfam a organisé un panel sur le thème « Journalisme d’investigation, la gestion des finances publiques et exploitation des ressources minérales au Sénégal : financement, contraintes et défis liés à la formation ». Cette rencontre a réuni des experts du domaine, des journalistes et des étudiants pour discuter des obstacles que rencontre le journalisme d’investigation au Sénégal, notamment les contraintes de financement, le manque de protection juridique et la complexité des sujets traités.
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| Crédit Photo : Boubacar Badji (Professeur de Photographie / CESTI), Panel au CESTI-OXFAM. |
Le journalisme d’investigation, un rempart contre l’opacité des finances publiques
L’un des axes majeurs abordés lors du panel est la question des finances publiques. Le Sénégal, comme de nombreux pays africains, fait face à des défis majeurs en matière de transparence dans la gestion de ses ressources financières. Les budgets alloués aux différents secteurs, la répartition des fonds publics et les marchés passés avec des entreprises privées sont souvent sujets à controverses. Dans ce contexte, le journalisme d’investigation joue un rôle majeur. Les journalistes d’investigation peuvent mener des enquêtes vérifiées et documentées sur ces sujets. Ces dernières peuvent à la mise sur la place publique des détournements et les mauvaises gestions des deniers publics. Ce qui privent la population de bénéficier des services sociaux de bases comme la santé et l’éducation. Il y aussi un autre facteur important abordé lors de ce panel. L’analyse des politiques économiques et budgétaires pour permettre aux citoyens de mieux comprendre l’impact des décisions prises par les dirigeants. Ces analyses basées sur des chiffres concrets permettent d’encourager la transparence et la redevabilité des institutions publiques. Ce qui permet aux journalistes d’avoir une large palette pour mettre en lumière les incohérences ou les manquements dans l’administration des finances publiques. C’est d’ailleurs, dans ce sens que Moussa Ngom, coordonnateur de la Maison des Reporters, a insisté sur ce point en rappelant que « le journalisme d’investigation est ce qui fait la différence dans le système médiatique actuel ». Pour lui, il est impératif que les journalistes soient mieux formés à ces questions complexes afin de pouvoir fournir des enquêtes rigoureuses et documentées.
L’exploitation des ressources minières, un secteur opaque et stratégique
Un autre thématique abordée lors du panel : l’exploitation des ressources minières au Sénégal. Ce secteur, qui représente une part importante de l’économie nationale, est marqué par une forte présence d’entreprises multinationales, souvent critiquées pour leur manque de transparence et leur impact environnemental et social. Selon Moussa Ngom, « le secteur minier est complexe, avec des termes techniques et des documents à exploiter, ce qui nécessite du temps et une recherche approfondie ». Il devient alors essentiel pour les journalistes de comprendre les enjeux techniques et économiques liés aux contrats miniers, aux redevances et aux impacts environnementaux. Cette compréhension permet de décrypter les accords passés entre l’État et les entreprises extractives pour vérifier s’ils bénéficient réellement aux populations locales. Ce qui permettra en toute liberté de donner la parole aux communautés affectées par l’exploitation des ressources pour documenter leurs réalités et leurs revendications. La transparence dans le secteur minier est un enjeu mondial, et le Sénégal ne fait pas exception. L’accès aux informations est souvent difficile, les entreprises minières et les autorités refusant parfois de communiquer certains éléments clés. C’est dans ce contexte que le journalisme d’investigation devient un outil indispensable pour assurer une meilleure gouvernance du secteur.
Un manque criant de protection pour les journalistes
Un autre problème soulevé lors de la rencontre est l’insuffisance de protection juridique pour les journalistes d’investigation. Le vote et l’adoption de la loi sur l’accès à l’information est une urgence, selon le propriétaire de la Maison des Reporters. Cela permettra de révéler des affaires sensibles expose souvent les journalistes à des pressions, des menaces ou même des poursuites judiciaires. Au Sénégal, bien que la loi sur les lanceurs d’alerte existe, elle reste incomplète et ne protège pas totalement les journalistes et leurs sources. Moussa Ngom a insisté sur ce point en déclarant que « les journalistes ne sont malheureusement pas assez protégés » et qu’il est urgent de renforcer le cadre législatif pour éviter que des reporters soient intimidés ou censurés dans leurs enquêtes.
Le financement, un défi majeur pour l’indépendance des médias
L’un des défis majeurs du journalisme d’investigation reste le financement. En effet, ce type de journalisme nécessite des ressources importantes : du temps, des déplacements, des vérifications multiples… Or, au Sénégal, la plupart des médias souffrent d’un manque de moyens financiers. Lors du panel, plusieurs intervenants ont mis en garde contre la dépendance excessive aux subventions d’organisations extérieures, qui pourrait nuire à l’indépendance éditoriale des médias. Moussa Ngom a souligné que « si les médias dépendent trop de ces subventions, cela peut compromettre leur viabilité à long terme ». Pour garantir une presse libre et indépendante, il a plaidé pour un modèle économique reposant davantage sur le public, à travers des abonnements, des dons ou des financements participatifs. Il a insisté sur le fait que « nous devons encourager le public à financer l’information, car c’est ainsi que les médias pourront vraiment atteindre l’indépendance ».
Encourager la relève : une nécessité pour l’avenir
Le panel a également été l’occasion de récompenser les meilleures productions journalistiques à travers le concours national de journalisme d’investigation organisé en partenariat avec Oxfam. Cette initiative vise à motiver les jeunes journalistes à s’investir dans l’investigation et à promouvoir un journalisme de qualité au Sénégal. Mamadou Ndiaye, Directeur du CESTI, a insisté sur l’importance de replacer l’investigation au centre du débat médiatique. Selon lui, ce genre est noble, mais trop souvent délaissé par les journalistes sénégalais. Ainsi, en encourageant les jeunes reporters à se spécialiser dans l’investigation, les organisateurs espèrent voir émerger une nouvelle génération de journalistes capables de mettre en lumière les dysfonctionnements du pays et de faire avancer la démocratie.
Un journalisme à défendre pour une démocratie renforcée
Le journalisme d’investigation est plus qu’un simple exercice médiatique. C’est un outil de gouvernance démocratique qui permet de contrôler les pouvoirs en place et de garantir la transparence dans la gestion des affaires publiques. Toutefois, les défis restent nombreux : financements insuffisants, manque de protection juridique, accès difficile aux informations… Pour surmonter ces obstacles, il est impératif que les journalistes soient mieux formés, mieux protégés et mieux soutenus par la société. Les débats organisés par le CESTI et Oxfam ont permis de remettre ces questions au centre des préoccupations. Il ne reste maintenant à voir si les recommandations issues de ce panel seront suivies d’actions concrètes pour renforcer un journalisme d’investigation au service des citoyens sénégalais. A ce titre, un concours de journalisme a été organisé sous l’étendue du territoire national. Ce concours national de journalisme d’investigation, organisé par le CESTI et Oxfam avait pour thème : « Gestion des finances publiques et des ressources minérales au Sénégal ». Il récompense l’excellence journalistique à travers quatre catégories : Presse écrite, Radio, Télévision et Journalisme numérique. En Radio, Bokar TALL a remporté le 1er prix viennent en 2ème position exaquo Khoudia DIA et Mbaye NDIAYE. La Télévision n’a pas été aussi avec avec Pape Moctar SELANE qui raffle la mise. Il est secondé par Hadjaratou RACKY DIAGNE (2ème) et Fatou MBAYE (3ème). Enfin, dans la catégorie du « Journalisme numérique », Alioune Badara DIATTA et Oumar BA viennent respectivement 3ème et 2ème, ils sont devancés par Abdourrahmane Diallo qui gagne le gros lot. Cette initiative vise à encourager une production journalistique de qualité au Sénégal. Ainsi, pour permettre d’avoir une presse libre et indépendante de toute connivence politique.
Mamadou Elhadji LY / CESTI

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